‹ Lettres choisies de Voltaire (volume 2)Chapitre 19 sur 246 · Ovid., Met,, xiii, v · texte numérisé non relu

Ovid., Met,, xiii, v

J'ai bien envie de revenir bientôt souper avec vous et raisonner de belles-lettres : je commence à m'ennuyer beaucoup ici. Or il faut que je vous dise ce que c'est que l'ennui :

Car vous qui toujours le chassez, Vous pourriez l'ignorer peut-être :

Trop heureux si ces vers, à la hâte tracés, Ne vous l'ont déjà fait connaître I C'est un gros dieu lourd et pesant, D'un entretien froid et glaçant, Qui ne rit jamais, toujours bâille, Et qui depuis cinq ou six ans Dans la foule des courtisans Se trouvait toujours à Yersaille.

Mais on dit que , tout de nouveau, Vous l'allez revoir au parterre , Au Capricieux ^ de Rousseau :

C'est là sa demeure ordinaire.

Au reste je suis charmé que vous ne partiez pas si tôt pour Gênes * ; votre ambassade m'a la mine d'être pour vous un bénéfice simple. Faites-vous payer de votre voyage, et ne le faites point : ne ressemblez pas à ces politiques errants qu'on envoie de Parme à Florence, et de Florence à Holstein, et qui reviennent enfin ruinés dans leur pays pour avoir eu Je plaisir de dire : Le roi mon maître. Il me semble que je vois des comédiens de campagne qui meurent de faim après avoir joué le rôle de César et de Pompée.

Non, cette brillante folie N'a point enchaîné vos esprits : Vous connaissez trop bien le prix Des douceurs de l'aimable vie Qu'on vous voit mener à Paris En assez bonne compagnie ; Et vous pouvez bien vous passer D'aller loin de nous professer La politique en Italie.

1. Mauvaise pièce de J.-B. Rousseau, qu'on voulait mettre au théâtre, mais qu'on fut obligé d'abandonner aux répétitions.

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