M. de La Faye était nommé envoyé extraordmaire à Gênes
A M. DE GENONVILLE.
Ami , que je chéris de cette amitié rare Dont Pylade a donné l'exemple à l'univers,
Et dont Chaulieu chérit La Fare; Vous pour qui dlApoUon les trésors sont ouverts,
Vous dont les agréments divers ,
L'imagination féconde, L'esprit et l'enjouement, sans vice et sans travers, Seraient chez nos neveux célébrés dans mes vers, Si mes vers, comme vous, plaisaient à tout le monde : Votre épKre a charmé le pasteur de Sulli; U se connaît au bon , et partant il vous aime; Votre écrit est par nous dignement accueilli ,
Et vous serez reçu de mémo.
U est beau, mon cher ami, de venir à la campagne tandis que Plutus tourne toutes les têtes à la ville. Étes-vous réellement devenus tous fous à Paris ? Je n'entends parler que de millions ; on dit que tout ce qui était à son aise est dans la misère, et que tout ce qui était dans la mendicité nage dans l'opulence. Est-ce une réalité? est-ce une chimère? La moitié de la nation a-t-elle trouvé la pierre philosophale dans les moulins à papier? Law est-il un dieu, un fripon, ou un charlatan qui s'empoisonne de la drogue qu'il distribue à tout le monde? Se contente-t-on de richesses imaginaires ? C'est un chaos que je ne puis débrouiller, et auquel je m'imagine que vous n'entendez rien. Pour moi je ne me livre à d'autres chimères qu'à celle de la poésie.
Avec l'abbé Courtin je vis ici tranquille, Sans aucun regret pour la ville Où certain Écossais malin ,
Gomme la vieille sibylle
Dont parle le bon Virgile , Sur des feuillets volants écrit notre destin. Venez nous voir un beau matin , Venez, aimable Génonville;
Apollon dans ces climats Vous prépare un riant asile :
Voyez comme il vous tend les bras y
Et vous rit d'un air facile.