A M. L'ABBÉ DUVERNET
A Fernôy, Juin 1775.
Je ne vous enverrai point, monsieur l'abbé, les pièces de vers faites en mon honneur et gloire. Soyez trës-persuadé , monsieur, qu'on aimera mieux une épigramme contre moi, bonne ou mauvaise, que cent éloges. La louange endort, la satire réveille, et le monde est si rassasié de vers, ique la satire même a cessé d'être amusante. On a trop de tout dans le
siècle où nous sommes , et trop peu de personnes qui pensent comme vous.
Je ne manquerai pas de présenter ma requête aux souverains du théâtre de la Comédie- Française. Je ne connais que Le Kain; mais je tenterai tout auprès des autres, supposé qu'ils jouent un ouvrage nouveau dont je leur ai fait présent, et supposé surtout que cet omTage, dont ils n'ont pas grande opinion, ne soit pas sifflé du publie^ comme on me le fait craindre; car il n'y a pas moyen d'imposer une taxe,
quelque légère qu'elle soit, sur ses propres troupes, quand elles ont été battues.
Soyez bien persuadé , monsieur, de tous les sentiments dont est pénétré pour vous le vieux malade.