‹ Lettres choisies de Voltaire (volume 2)Chapitre 193 sur 246 · A M. DE MALESHERBES · texte numérisé non relu

A M. DE MALESHERBES

MINISTRE d'£tAT.

A Ferney, 12 novembre 1775,

Vous ne vous contentez pas , monseigneur , des bénédictions de la France ; vous étendez vos bontés jusqu'aux frontières de la Suisse. J'étais dans un état assez douloureux, après un de ces petits avertissements que la nature donne souvent aux gens de mon âge , lorsque M"* de Rosambo u daigné faire une apparition dans ma retraite avec M. votre gendre et les cousins issus de germain de Télémaque. J'ai vu chez moi deux familles de grands hommes; et, quoique mon état ne m'ait pas permis de jouir de cet honneur autant que je l'aurais voulu, je me suis senti consolé autant qu'honoré. Vous avez joint à cet avantage, que je vous dois, une lettre charmante, dont vous me permettrez de vous faire les plus sin-

cères et les plus tendres remercîments. M'"* de Rosambo est comme vous, monseigneur : elle porte la consolation partout où elle paraît, elle tient de vous le don d'attirer tous les cœurs autour d'elle.

Je crains d'abuser des moments que vous donnez au bien public, en vous parlant des obligations que je vous ai, et de la bonté généreuse avec laquelle vous en avez daigné user envers moi ; mais ces bontés ne sortiront jamais de ma mémoire.

J'ai l'honneur d'être, avec le plus sincère et le plus profond respect, monseigneur, votre, etc.

A H. LEKAIN

A Ferney, 14 novembre 1775.

Une petite apoplexie, mon cher ami, laquelle m'a dérangé le corps et l'âme, m'a empêché de répondre plus tôt à votre lettre de Fontainebleau, du 29 octobre. Je suis persuadé que vous aurez pour vos étrennes des nouvelles du héros dont vous me parlez, et ce n'est pas sans vraisemblance que je conçois cet espoir. Comptez que des talents comme les vôtres ne sont jamais oubliés par ceux qui sont capables de les sentir.

Vous n'avez point fait l'ambassade de Sosie : vous avez été fêté, admiré, et même noblement récompensé par le prince Henri. Vous avez dû , à votre retour, briller à Fontainebleau ; et Paris sera toujours le théâtre de votre gloire. Je n'en serai pas le témoin; je sens bien que je ne vous verrai plus. Je m'intéresserai à vous jusqu'à mon dernier moment; l'état où je suis ne me permet pas de vous en dire davantage; je vous embrasse de mes très-ftiibles mains.

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