‹ Lettres choisies de Voltaire (volume 2)Chapitre 26 sur 246 · Mot d*une épigrammc de Rousseau, liv. T'', épigr. x · texte numérisé non relu

Mot d*une épigrammc de Rousseau, liv. T'', épigr. x

Mab, par Mûnt Jean, je ne veux pas mourir!

S. Henri Fabri de Moncault, comte d*Autrey, mort encore jeune, en 1730, et père de Henri Fabri , comte d^Autrey, avec qui Voltaire fut par la suite en correripondancc.

Destouches * même voulait faire avec lui le voyage; mais j'ai enfin déterminé son choix pour vous. Je lui ai dit que, ne pouvant le suivre si tôt à Vienne, je lui donnais la moitié de moi-même, et que l'autre suivrait bientôt. Si vous êtes sage, mon cher Thiriot, vous accepterez cette place qui, dans Fétat où nous sommes, vous devient aussi nécessaire qu'elle est honorable. Vous n'êtes pas riche, et c'est bien peu de chose qu'une fortune fondée sur trois ou quatre actions de la compagnie des Indes. Je sais bien que ma fortune sera toujours la vôtre ; mais je vous avertis que nos affaires de la chambre des comptes vont très-mal, et que je cours risque de n'avoir rien du tout de la succession de mon père. Dans ces circonstances il ne faut pas que vous négligiez la place que mon amitié vous a ménagée. Quand elle ne vous servirait qu'à faire sans frais et avec des appointements le voyage du monde le plus agréable, et à vous faire connaître, à vous rendre capable d'affaires et à développer vos talents, ne seriez-vous pas trop heureux ? Ce poste peut conduire très-aisément un homme d'esprit qui est sage à des emplois et à des places assez avantageuses. M. de Morville, qui a de l'amitié pour moi, peut faire quelque chose de vous. Le pis-aller de tout cela serait de rester après l'ambassade avec M. de Richelieu, ou de revenir dans votre taudis auprès du mien. D'ailleurs je compte vous aller trouver à Vienne l'automne prochaine ; ainsi, au lieu de vous perdre, je ne fais, en vous mettant dans cette place, que m'approcher davantage de vous. Faites vos réflexions sur ce que je vous écris, et soyez prêt à venir vous présenter à M. de Richelieu et à M. de Morville, quand je vous le manderai. Si votre édition * est commencée, achevez-la au plus vite; si elle ne l'est pas, ne la commencez point. 11 vaut mieux songer à votre fortune qu'à tout le reste. Adieu, je vous recommande vos intérêts ; ayez-les à cœur autant que moi, et joignez l'étude de l'histoire d'Allemagne à celle de l'histoire universelle. Dites à M'"*" de Dernières les choses les plus tendres de ma part.

1. C'est Néricault, qui n*avait encore donné aucun ouvrage dramatique, mais qui afait »'ié chargé de plusieurs négociations diplomatiques.

2. Des œuvres de Tabbé de Chaulieu. Thiriot , paresseux , ne donna pas Téditlon des œuvres de Chaulieu , et il refusa la place de secrétaire d'ambassade que Voltaire lui proposait. Il mourut à T&ge de plus de quatre-vingts ans, en 1772, après avoir passé la plus grande partie do sa vie chez M. et M"»* de La Popclinière.

A MADAME LA PRÉSIDENTE DE BERNIÈRES

A Paris, octobre 1724.

Est-il possible que vous n'ayez pas reçu la lettre que je vous écrivis deux jours après le départ de Pignon? Elle ne contenait rien autre chose que ce que vous connaissez de moi, mes souffrances et mon amitié. Je fais l'anniversaire de ma petite vérole ; je n'ai point encore été si mal, mais je suis tranquille, parce que j'ai pris mon pai*ti ; et peut-être ma tranquillité pourra me rendre la santé, que les agitations et les bouleversements de mon âme pourraient bien m'avoir ôtée. Il m'est arrivé des malheurs de toute espèce. La fortune ne me traite pas mieux que la nature; je souffre beaucoup de toutes façons ; mais j'ai rassemblé toutes mes petites forces pour résister à mes maux. Ce n'est point dans le commerce du monde que j'ai cherché des consolations ; ce n'est pas là qu'on les trouve; je ne les ai cherchées que chez moi; je supporte, dans votre maison, la solitude et la maladie, dans l'espérance de passer avec vous des jours tranquilles. Votre amitié me tiendra toujours lieu de tout le reste. Si mon goût décidait de ma conduite, je serais à La Rivière avec vous ; mais je suis arrêté à Paris par Bosleduc, qui me médicamente ; par Gapron, qui me fait souffrir comme un damné tous les jours avec de l'essence de cannelle, et enfin par les intérêts de notre cher Thiriot, que j'ai plus à cœur que les miens. Il faut qu'il vous dise, et qu^il ne dise qu'à vous seule, qu'il ne tient qu'à lui d'être un des secrétaires de l'ambassade de M. de Richelieu. J'ai oublié même de lui dire dans ma lettre qu'il n'aurait personne dans ce poste au-dessus de lui, et que par là sa place en sera infiniment plus agréable. Vous savez sa fortune, elle ne peut pas lui donner de quoi exercer heureusement le talent de l'oisiveté. La mienne prend un tour si diabolique à la chambre des comptes que je serai peut-être obligé de travailler pour vivre, après avoir vécu pour travailler. Il faut que Thiriot me donne cet exemple. Il ne peut rien faire de plus avantageux ni de plus honorable dans la situation où il se trouve, et il faut assurément que je regarde la chose comme un coup

de partie, puisque je peux me résoudre à me priver de lui pour quelque temps. Cependant s'il peut s'en passer, s'il aime mieux vivre avec nous, je serai trop heureux, pourvu qu'il le soit : je ne cherche que son bonheur : c'est à lui de choisir. J'ai fait en cela ce que mon amitié m'a conseillé. Voilà comment j'en userai toute ma vie avec les personnes que j'aime, et par conséquent avec vous, pour qui j'aurai toujours l'attachement le plus sincère et le plus tendre.

A M. THIRIOT

OcWbre I72i.

Quand je vous ai proposé la place de secrétaire dans l'ambassade de M. le duc de Richelieu, je vous ai proposé un emploi que je donnerais à mon fils, si j'en avais un, et que je prendrais pour moi si mes occupations et ma santé ne m'en empêchaient pas. J'aurais assurément regardé comme un grand avantage de pouvoir m'instruire des affaires sur le plus beau théâtre et dans la première cour de l'Europe. Cette place même est d'autant plus agréable qu'il n'y a point de secrétaire d'aujbassade en chef; que vous auriez eu une relation nécessaire et suivie avec le ministre ; et que, pour peu que vous eussiez été touché de l'ambition de vous instruire et de vous élever jfar votre mérite et par votre assiduité au travail le plus honorable et le plus digne d'un homme d'esprit, vous auriez été plus à portée qu'un autre de prétendre aux postes qui sont d'ordinaire la récompense de ces emplois. M. Dubourg, ci- devant secrétaire du comte de Luc (et à ses gages) , est maintenant chargé à Vienne des affaires de la cour de France, avec huit mille livres d'appointements. Si vous aviez voulu, j'ose vous répondre qu'une pareille fortune vous était assurée. Quant aux gages, qui vous révoltent si fort, et pourtant si mal à propos, vous auriez pu n'en point prendre; et puisque vous pouvez vous passer de secours dans la maison de M. de Bernières, vous l'auriez pu encore plus aisément dans la maison de l'ambassadeur de France, et peut-être n'auriez-vous point rougi de recevoir de la wiain de celui qui

représente le roi des présents qui eussent mieux valu que des appointements.

Vous ayez refusé l'emploi le plus honnéCe et le plus utile qui se présentera jamais pour tous. Je suppose que tous n'ayez fait ce refus qu'après y avoir mûrement réfléchi, et que vous êtes sûr de né vous en point repentir le reste de votre vie. Si c'est M** de Bernières qui vous y a porté, elle vous a donné un très^nécfaant conseil ; si vous avez craint effectivement, comme vous le dites, de vous constituer domestique de grand seigneur, cela n'est pas tolérable. Quelle fortune avez-vous donc faite depuis le temps où le comble de vos désirs était d'être ou secrétaire du duc de Richelieu, qui n'était point ambassadeur, ou commis des Paris ? En bonne foi y a-t*il aucun de vos frères qui ne regardât comme une trè^grande fortune le poste que vous dédaignez ?

Ce que je vous écris ici est pour vous faire voir Ténormité de votre tort, et non pour vous faire changer de sentiments. Il fallait sentir l'avantage qu'on vous offrait; il fallait l'accepter avidement, et vous y consacrer tout entier, ou ne le point accepter du tout. Si vous le faisiez avec regret, vous le feriez mal; et, au lieu des agréments infinis que vous y pourriez espérer, vous n'y trouveriez que des dégoûts et point de fortune. N'y pensons donc plus, et préférez. la pauvreté et l'oisiveté à une fortune trës-honnète et à un poste envié de tant de gens de lettres, et que je ne céderais à personne qu'à vous, si je pouvais l'occuper. Un jour viendra bien sûrement que vous en aurez des regrets, car vos idées se rectifieront, et vous penserez plus solidement que vous ne faites. Toutes les raisons que vous m'avez apportées vous paraîtront un jour bien frivoles, et entre autres ce que vous me dites qu'il faudrait dépenser en habits et en parures vos appointements. Vous ignorez que , dans toutes les cours, un secrét^re est toujours modestement vêtu, s'il est sage, et qu'à la cour de l'empereur il ne faut qu'un gros drap rouge, avec des boutonnières noires ; que c'est ainsi que l'empereur est habillé, et que d'ailleurs on fait plus avec cent pistoles à Vienne qu'avec quatre cents à Paris. En un mot, je ne vous en parlerai plus; j'ai fait mon devoir comme je le ferai toute ma vie avec mes amis. Ne songeons plus, mon pauvre Thîriot, qu'à fournir ensemble tranquillement notre carrière philosophique.

Mandez-moi comment va l'édition de Tabbé de Ghaulieiit que vous

préférez au secrétariat de F ambassade de Vienne, et n'éloignez pas pourtant de votre esprit toutes les idées d'affaire étrangère au point de ne me pas faire de réponse sur le nom et la demeure du copiste qui a transcrit Mariamne^ et qui ne refusera peut-être pas d'écrire pour M. le duc de Richelieu. Enfin, si l'amitié que vous avez pour. moi, et que je mérite, est une des raisons qui vous font préférer Paris à Vienne, revenez donc au plus tôt retrouver votre ami. Engagez M"* de Bemières à revenir à la Saint-Martin; vous retrouverez un nouveau chant de Henri IV ^^ que M. de Maisons trouve le plus beau de tous, une Mariamne toute changée, et quelques autres ouvrages qui vous attendent. Ma santé ne me permet pas d'aller à La Rivière, sans cela je serais assurément avec vous. Je vous gronderais bien sur l'ambassade de Vienne ; mais plus je vous verrais, plus je serais charmé dans le fond de mon cœur de n'être point éloigné d'un ami comme vous.

A MADAME LA PRÉSIDENTE DE DERNIÈRES

Octobre 1724.

Je suis bien charmé de toutes les marques d'amitié que vous me donnez dans votre lettre, mais nullement des raisons que vous avez apportées pour empêcher notre ami de faire la fortune la plus honnête où puisse prétendre un homme de lettres et un homme d'esprit. Je consentais à le perdre quelque temps pour lui assurer une fortune le reste de sa vie. Si je n'avais écouté que mon plaisir, je n'aurais songé qu'à retenir Thiriot avec nous; mais l'amitié doit avoir des vues plus étendues, et je tiens que non-seulement il faut vivre avec nos amis, mais qu'il faut, autant qu'on le peut, les mettre en état de vivre heureux, même sans nous ; mais surtout il ne faut point les faire tomber dans des ridicules. C'est rendre un bien mauvais service à Thiriot que de le laisser imaginer un moment qu'il y ait du déshonneur à lui à être secrétaire de M. le duc de Richelieu dans son ambassade. Je serai longtemps fâché

1. C'est probablement celui qui est actuellement le sixième, et qui ne se trouve pas dans les premières éditions.

qu'il ait refusé la plus belle occasion de faire fortune qui se présentera jamais pour lui ; mais je ne le serais pas moins, si c'était pai* une vanité mal entendue et hors de toute bienséance qu'il perdît des choses solides. Je me flatte que vos bontés pour lui le dédommageront de ce qu'il veut perdre ; mais qu'il songe bien sérieusement qu'il doit mener la véritable vie d'un homme de lettres; qu'il n'y a pour lui que ce parti, et qu'il serait bien peu digne de l'estime et de l'amitié des honnêtes gens s'il manquait sa fortune pour être un homme inutile. Je lui écris sur cela une longue lettre que je mets dans votœ paquet; du moins il n'aura pas à me reprocher de ne lui avoir pas dit la vérité.

Je voudrais, de tout mon cœur, être avec vous ; vous n'en doutez pas ; il faut même que je sois dans un bien misérable état pour ne vous pas aller trouver. Je me suis mis entre les mains de Bosleduc, qui, à ce que j'espère, me guérira du mal que les eaux de Forges m'ont fait. J'en ai encore pour une quinzaine de jours. Si ma santé est bien i*établie dans ce temps-là, j'irai vous trouver; mais si je suis condamné à rester à Paris, aurez-vous bien la cruai^té de rester chez vous le mois de décembre et de donner la préférence aux neiges de Normandie sur votre ami Voltaire ?

A M. THIRIOT

Octobre 1724.

Mon amitié , moins prudente peut-être que vous ne dites, mais plus tendre que vous ne pensez, m'engagea, il y a plus de quinze jours, à vous proposer à M. de Richelieu pour secrétaire dans son ambassade. Je vous en écrivis sur-le-champ, et vous me répondîtes, avec assez de sécheresse, que vous n'étiez pas fait pour être domestique de grand seigneur. Sur cette réponse, je ne songeai plus à vous faire une fortune si honteuse, et je ne m'occupai plus que du plaisir de vous voir à Paris le peu de temps que j'y serai cette année. Je jetai en même temps les yeux d'un autre côté pour le choix d'un secrétaire dans l'ambassade de M. le duc de Richelieu. Plusieurs personnes se sont présentées; l'abbé Desfontaines, l'abbé Mac-Garthy \ enviaient ce poste, mais ni l'un ni l'autre

1 . Mac-Carthy, de famille irlandaise, fils d'un chirurgien de Nantes.

ne convenaient, pour des raisons qu'ils ont senti eux-mêmes. L'abbé Desfontaines me présenta M. Davou« son ami, pour cette place : il me répondit de sa probité. Davou me parut avoir de l'esprit. Je lui promis la place de la part de M. de Richelieu, qui m'avait laissé la carte blanche, et je dis à M. de Richelieu que vous aviez trop de défiance de vousmême et trop peu de connaissances des affaires pour oser vous charger de cet emploi. Alors je vous écrivis une assez longue lettre dans laquelle je voulais me justifier auprès de vous de la proposition que vous aviez trouvée si ridicule, et dans laquelle je vous faisais sentir les avantages que vous méprisiez. Aujourd'hui je suis bien étonné de recevoir de vous une lettre par laquelle vous acceptez ce que vous aviez refusé, et me reprochez de m'étre mal expliqué. Je vais donc tâcher de m' expliquer mieux et vous rendre un compte exa^t des fonctions de l'emploi que je voulais sottement vous donner, des espérances que vous y pouvez avoir et de mes démarches depuis votre dernière lettre. Il n'y a point de secrétaire d'ambassade en chef. M. l'ambassadeur n'a, pour l'aider dans son ministère, que l'abbé de Saint-Remi, qui est un bœuf, et sur lequel il ne compte nullement ; im nommé Guiri, qui n'est qu'un valet, et un nommé Bussi, qui n'est qu'un petit garçon. Un homme d'esprit, qui serait le quatrième secrétaire, aurait sans doute toute la confiance et tout le secret de l'ambassadeur.

Si l'homme qu'on demande veut des appointements, il en aura; s'il n'en veut point, il aura mieux, et il en sera plus considéré ; s'il est habile et sage, il se rendra aisément le maître des affaires sous un ambassadeur jeune, amoureux de son plaisir, inappliqué S et qui se dégoûtera aisément d'un travail journalier. Pour peu que l'ambassadeur fasse un voyage à la cour de France, ce secrétaire restera sûrement chargé des affaires ; en un mot, s'il plaît à Tambassadeur, et s'il a du mérite, sa fortune est assurée.

Son pis-aller sera d'avoir fait un voyage dans lequel il se sera instruit, et dont il reviendra avec de l'argent et de la considération. Voilà quel est le poste que je vous destinais, ne pouvant pas vous croire assez insensé pour refuser ce qui fait l'objet de l'ambition de tant de personnes, et ce que je prendrais pour moi de tout mon cœur.

i. Le duc de Richelieu n'avait Jamais daigné apprendre même l'orthographe, ce qui n<* l'empêcha pas de dcTenir on dei quaraote de l'Académie fnoçaise.

La première de vos lettres qui m'apprit cet étrange refus me donna une vraie douleur ; la seccmde, dans laquelle vous me dites que vous êtes prêt d'accepter, m'a mis dans un embarras très^gi^and, car j'avais déjà proposé M. Davou. Voici de quelle manière je me suis conduit. J'ai détaché de votre lettre deux pages qui sont écrites avec beaucoup d'esprit; j'ai pris la liberté d'y rayer quelques lignes, et je les ai lues ce matin à M. le duc de Richelieu , qui est venu chez moi : il a été charmé de votre style, qui est net et simple, et encore plus de la défiance où vous êtes de vous-même, d'autant plus estimable qu'elle est moins fondée. J'ai saisi ce moment pour lui faire sentir de quelle ressource et de quel agrément vous seriez pour lui à Vienne. Je lui ai inspiré un désir très-vif de vous avoir auprès de lui. Il m'a promis de vous considérer comme vous le méritez, et de faire votre fortune, bien sûr qu'il fera pour moi tout ce qu'il fera pour vous. Il est aussi dans la résolution de prendre M. Davou. Je ne sais si ce sera un rival ou un ami que vous aurez. Mandez-moi si vous le connaissez. Je voudrais bien que vous ne partageassiez avec personne la confiance que M. de Richelieu vous destine; mais je voudrais bien aussi ne point manquer à ma parole.

\oilà l'état où sont les choses. Si vous pensez à vos intérêts autant que moi, si vous êtes sage, si vous sentez la conséquence de la situation où vous êtes ; en un mot si vous allez à Vienne, il faut revenir au plus tôt à Paris et vous mettre au fait des traités de paix. M. le duc de Richelieu m'a chargé de vous dire qu'il n'était pas plus instruit des affaires que vous, quand il fut nommé ambassadeur ; et je vous réponds qu'en un mois de temps vous en saurez plus que lui. Il est d'ailleurs très-important que vous soyez ici quand monsieur l'ambassadeur aura ses instructions, de peur que, les communiquant à un autre, il ne s'accoutume à porter ailleurs la confiance que je veux qu'il vous donne tout entière. Tout dépend des commencements. Il faut, outre cela, que vous mettiez ordre à vos affaires -, et, si vos intérêts ne passaient pas toujours devant les miens, j'ajouterais que je veux passer quelque temps avec vous, puisque je serai huit mois entiers sans vous voir. Je vous conseille ou de vendre le manuscrit de l'abbé de Chaulieu, ou d'abandonner ce projet. Vous savez que les petites affaires sont des victimes qu'il faut toujours sacrifier aux grandes vues.

Enfin c'est à vous à vous décider. J'ai fait pour vous ce que je ferais

pour mon frère, pour mon fils, pour moi-même. Vous m*êtes aussi cher que tout cela. Le chemin de la fortune vous est ouvert; votre pis-aller sera de revenir partager mon appartement, ma fortune et mon cœur.

Tout vous est bien clairement expliqué ; c'est à vous à prendre votre paiti. Voilà le dernier mot que je vous en dirai.

A M. THIRIOT

Page 1