‹ Lettres choisies de Voltaire (volume 2)Chapitre 3 sur 246 · IV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

IV INTRODUCTION

aimait si peu les censeurs, qu'il était homme à leur ôter par malice la primeur de leurs critiques et à garder sur eux l'avantage de voir ses propres défauts avant eux. Peut-être , par une dernière illusion de l'amour-propre, espérait-il qu'on le défendrait contre ses scrupules et que ses péchés lui seraient remis. »

Ce recueil des lettres choisies de Voltaire fait spécialement au point de vue littéraire, que^M. D. Nisard formait le vœu de voir exécuter, c'est ce que nous présentons au public dans ce volume. Nous 'rvons essayé d'extraire la fleur de cette correspondance. Mais comme notre but était d'offrir spécialement des modèles du style épistolaire, nous avons écarté de notre choix toute la partie polémique et agressive, tout ce qui aurait pu choquer un lecteur quelconque. Nous nous en sommes tenu à ce qui est goûté par tout le monde sans réserve et d'un accord unanime. Il faut que chacun puisse parcourir cette collection, comme on parcourt un musée, en restant tout entier au sentiment de l'art, sans rencontrer rien de blessant pour ses convictions, rien qui puisse contrarier son admiration pour le génie de l'écrivain.

C'est cette considéralion qui, en même temps que Tintérét du sujet, nous a guidé dans le choix des lettres que nous avons rassemblées. Dans le même dessein de ménager tout scrupule de conscience , nous avons parfois, dans une lettre, effacé un paragraphe , une phrase ou un mot. Nous avons fait des ratures, mais nous n'avons jamais pris la liberté de faire le moindre changement au texte, ni môme de remplacer une expression par une autre. Nous nous sommes borné uniquement à des suppressions.

11 est certain qu'un choix ainsi fait ne permet pas de bien juger Voltaire ; on ne l'a pas complet, ses traits sont fort adoucis, arrondis, pour ainsi dire. Ce qui l'a fait le plus admirer des un<», le plus haïr des autres, ne paraît pas dans ce recueil. Mais on ne s'adresse pas à un choix comme celui-ci pour connaître l'homme tout entier, c'est à l'ensemble des œuvres qu'on s'en prend alors.

Nous nous sommes proposé de composer un livre utile et attrayant à la fois, un livre classique. Depuis longtemps, plusieurs ouvrages du grand écrivain, le Siècle de Louis XIV, VHistoire de Charles XH, figurent dans le programme des études de la jeunesse. Pourquoi la correspondance choisie, qui est moins caduque que ces ouvrages, plus vivante et immortelle, ne prétendrait-elle pas au même honneur ?

Page 1