‹ Lettres choisies de Voltaire (volume 2)Chapitre 7 sur 246 · X NOTICE SUR VOLTAIRE · texte numérisé non relu

X NOTICE SUR VOLTAIRE

vier 1736, avec un très-grand succès. 11 s'installe déûnitivement à Cirey, et y mène une existence somptueuse, car il a dès lors près de quatre-vingt mille livres de rente.

C'est en 1736 que commence sa correspondance avec le prince royal de Prusse. (. Comme son père, lisons-nous dans les Mémoires de Voltaire, lui accordait peu de part aux affaires et que même il n'y avait point d'affaires dans ce pays, où tout consistait en revues, il employa ses loisirs à écrire aux gens de lettres en France, qui étaient un peu connus dans le monde. Le principal fardeau tomba sur moi. C'était des lettres en vers; c'était des traités de métaphysique, d'histoire, de politique. 11 me traitait d'homme divin : je le traitais de Salomon. Les épithètes ne nous coûtaient rien. »

11 publie les Éléments de Newton. 11 travaille au Siècle de Louis XIY. 11 compose Mèrope, On trouve dans sa correspondance la trace de ces principales occupations. Le 23 décembre 1737, il envoie à Cideville sa tragédie de Mèrope; il la fait lire à l'abbé d'Olivet (page 139). 11 demande des conseils à l'abbé Dubos pour l'histoire du siècle de Louis XIV (page 140). 11 adresse à milord Harvey un magnifique éloge de ce monarque (page 162). Ces graves ouvrages étaient entremêlés de compositions légères et plus que légères, de pamphlets acerbes contre Desfontaines et J.-B. Rousseau, de comédies qu'on jouait au château.

Le prince de Prusse était devenu roi à la fin de mai 1740, Voltaire rendit visite à Frédéric, au château de Meurs près de Clèves, puis alla en Hollande, avec la mission de faire supprimer la réfutation de Machiavel, que le nouveau roi de Prusse avait écrite et qu'imprimait le libraire van Duren, Des lettres que nous avons reproduites (pages 169 et 206) nous apprennent comment il s'acquitta de cette mission et comment le libraire la fît échouer. Le roi d'ailleurs n'était pas fâché dans le fond du cœur d'être imprimé. Voltaire alla lui faire sa cour à Berlin, au mois d'octobre. La lettre plaisante du 11 novembre 1740 est un souvenir de ce voyage.

Il revint à Cirey, où il acheva la tragédie de Mahomet, qui fut jouée d'abord sur le théâtre de Lille (avril 1741). Le succès qu'elle obtint le détermina à venir à Paris pour l'y faire représenter. Le Théâtre-Français la représenta en effet le 9 août. Elle réussit; mais l'auteur dut la retirer sur l'avis du cardinal de Fleury. Mèrope fut jouée ave^ le plus brillant succès le 20 février 1743.

Voltaire sollicita les suffrages de l'Académie. Il écrivit, dans le but d'écarter les difficultés, la lettre de mars 1743 (page 180). Mais il fut repoussé. C'est vers cette époque que se placent les lettres échangées entre Voltaire et

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Vauveaargues, qui lui soumit au mois d'avril 17/|3 un jugement littéraire sur les mérites comparés de Corneille et de Racine.

Employé comme diplomate par le comte dVVrgenson, Voltaire se rendit à la Haye, puis à Berlin, puis en différentes cours d'Allemagne. Il revint en France , où il joua le rôle de poëte courtisan , flatta M"« de Pompadour , flt la comédie-ballet de la Princesse de Navarre, et en récompense fut nommé historiographe de France et gentilhomme ordinaire de la chambre du roi. Il écrivit, à l'occasion de la victoire de Fontenoy, le poëme qui porte le nom d^ cette victoire. Il fut reçu à l'Académie française le 9 mai 1746.

Il avait, dans la tragédie qui lui était surtout à cœur, un rival qui était Crébillon. Les œuvres de ce rival furent imprimées au Louvre, faveur dont Voltaire conçut un vif dépit. 11 se réfugia avec M"»* la marquise du Châtelet à la petite cour que M">* la duchesse du Maine tenait au château de Sceaux. Il entreprit de lutter avec Crébillon en traitant tous les sujets tragiques que celui-ci avait traités. Il fit Sèmiramis, qui fut représentée le 29 août 1748, mais la représentation fut tumultueuse. Une parodie de Montigny vint l'irriter encore davantage, et l'on peut voir, dans la supplique qu'il adresse à la reine Marie Leckzinska (page 197), combien le désolait la crainte que cette parodie ne fût jouée à Fontainebleau.

Mécontent, il se retira à la cour du roi Stanislas. Il continue sa gageure, lutte avec le CalUina de Crébillon, en écrivant Rome sauvée, avec Electre en écrivant Oreste. La marquise du Châtelet mourut presque subitement à Lunéville le 10 septembre 1749. Il revint à Paris, y fit représenter, le 12 janvier 1750, la tragédie d'Oresle, M"* Clairon remplissait le rôle d'Electre; on peut voir par les lettres que Voltaire adresse à cette grande actrice (pages 202 et 204) avec quel soin il dirigeait le talent des interprètes de ses œuvres dramatiques. Le succès, toutefois, n'égala point son attente. 11 s'attira de nouvelles querelles par des publications politiques. Il céda alors aux sollicitations de Frédéric II, qui, depuis longtemps désirait l'avoir en Prusse, et il partit pour Berlin au mois de juin 1750. Il y fut comblé d'attentions et d'honneurs. 11 reçut la croix du Mérite et la clef de chambellan, avec une pension de vingt mille livres. « Être logé, dit-il, dans l'appartement qu'avait eu le maréchal de Saxe, avoir à ma disposition les cuisiniers du roi, quand je voulais manger chez moi, et les cochers , quand je voulais me promener, c'était les moindres faveurs qu'on me faisait. Les soupers étaient très- agréables... Je travaillais deux heures par jour avec Sa Majesté; je corrigeais tous ses ouvrages, ne manquant jaipais de louer beaucoup ce qu'il y avait de bon , lorsque je raturais ce qui ne valait rien. Je lui rendais raison par

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