‹ Lettres choisies de Voltaire (volume 2)Chapitre 97 sur 246 · n venait de mourir d*indigestion. (G. A · texte numérisé non relu

n venait de mourir d*indigestion. (G. A

3. C*est le procès-verbal de la comparaison faite par^evant notaire de Y Abrégé publié par Neaulme et du manuscrit de Voltaire.

LETTRES CHOISIES DE VOLTAIRE. 2ii5

mourir hors de ma patrie. Quoi qu'il arrive, je serai jusqu'au dernier moment, avec bien de la reconnaissance et du respect, monsieur, votre très^ humble et très-obéissant ser\'iteur.

P.-iS. Je vous supplie instamment de vouloir bien empêcher l'entrée d'un nouveau libelle intitulé Nouveau volume du Siècle de Louis XIV ^ et imprimé à la Haye, chez Jean Van Duren.

A M. DE BBENLES.

Colmar, le 21 mai 1754.

Je me crois déjà votre ami, monsieur, et je supprime les cérémonies et les monsieur en sentinelle au haut d'une page. Je m'intéresse à votre bonheur comme si j'étais votre compatriote; le bonheur est bien imparfait quand on vit seul. Messer Ludovico Ariosto dit que Setiza moglie a lato y V uom non puote esser di bontade perfello.

Il faut être deux, au moins, pour jouir de toutes les douceurs de la vie, et il faut n'être que deux, quand on a une femme comme celle que vous avez trouvée. J'en ai bien parlé avec la bonne M""^ GoU. Elle sait combien M"* de Brenles a de mérite; vous avez épousé votre semblable. Si je faisais encore de petits vers, je dirais :

n faut trois dieux dans un ménage, L^ Amitié, FEstime et l'Amour; On dit qu'on les vit l'autre jour Qui signaient votre mariage.

Pour moi, monsieur, je vais trouver les naïades ferrugineuses de Plombières. Le triste état où je suis m'empêche d'être témoin de votre félicité.

A M. DE CIDEVILLE

A Plombières, le 9Jalllet 1654.

Mon cher et ancien ami, quoique chai échaudé ait la réputation de craindre Y eau froide^ cependant j'ai risqué l'eau chaude. Vous savez que j'aimerais bien mieux être auprès des naïades de Forges que de celles de Plombières; vous savez où je voudrais être, et combien il m'eût été doux de mourir dans la patrie de Corneille et dans les bras de mon cher Cideville ; mais je ne peux ni passer ni finir ma vie selon mes désirs. J'ai au moins auprès de moi, à présent, une nièce qui me console en me parlant de vous. Nous ne faisons point de châteaux en Espagne, mais nous en faisons en Normandie. Nous imaginons que quelque jour nous pourrions bien vous venir voir. Elle m'a parlé, comme vous, du poème de l'Agriculture. C'était à vous à le faire et à dire .

0 fortunatos nimium, sua nam bona noscunt!

ViRC, Georg., u.

Pour moi, je dis :

Nos dulcia linquimus arva.

ViRG., ecl. I.

mais ne me dites point de mal des livres de dom Calmet.

Ses antiques fatras ne sont point inutiles ; U faut des passe-temps de toutes les façons, Et Ton peut quelquefois supporter les Varrons, Quoiqu'on adore les Virgiles.

D'ailleurs il y a cent personnes qui lisent l'histoire, pour une qui lit les vers. Le goût de la poésie est le partage du petit nombre des élus. Nous sommes un petit troupeau, et encore est-il dispersé. Et puis je ne sais si, à mon âge, il me siérait encore de chanter. Il me semble que j'aurais la voix un peu rauque. Et pourquoi chanter :

deserti ad Strvmonis undam?

ViRc, Gearg., iv.

Enfin je me suis vu contraint de songer sérieusement à cette Histoire universelle dont on a imprimé des fragments si indignement défigurés. On m'a forcé à reprendre malgré moi un ouvrage que j'avais abandonné, et qui méritait tous mes soins. Ce n'était pas les sèches Annales de l'Em» pirey c'était le tableau des siècles, c'était l'histoire de l'esprit humain. Il m'aurait fallu la patience d'un bénédictin et la plume d'un Bossuet. J'aurai au moins la vérité d'un de Thou. Il n'importe guère où l'on vive pourvu qu'on vive pour les beaux-arts, et l'histoire est la partie des belles-lettres qui a le plus de partisans dans tous les pays.

Les fruits des rives du Permesse Ne croissent que dans le printemps; D'Apollon les trésors brillants Font les charmes de la jeunesse , Et la froide et triste vieillesse N'est faite que pour le bon sens.

Adieu, mon cher ami ; je vous aime bien plus que la poésie. M"* Denis vous fait mille compliments.

A M. GUIGER,

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