‹ Lettres choisies de VoltaireChapitre 136 sur 157 · Bataille de Rosbach, 5 novembre · texte numérisé non relu

Bataille de Rosbach, 5 novembre

2. Chars de guerre, renouvelés des Assyriens, dont il s*etait engoue à cette époque.

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?i celle de général. Je ine suis iina^'iné que, si Ton voulait tout remettre à la bonté et à la magnanimité du roi, il vaudrait mieux qu'on s'adressât à vous qu'à tout autre; en un mot, j'ai hasardé cette idée sans la donner comme conjecture ni comme conseil, mais simplement comme un souhait qui ne peut compromettre ni ceux à qui on écrit, ni ceux dont on parle; et je vous en rends compte sans autre motif que celui de vous marquer mon zèle pour votre personne et pour votre f:loire. Vous n'ignorez pas que Mme de Bareuth a voulu déjà entamer une négociation qui n'a eu aucun succès ; mais ce qui n'a pas réussi dans un temps peut réussir dans un autre, et chaque chose a son point de maturité. Je n'ajoute aucune réflexion; je crois seulement devoir vous dire que, dans le cas où l'on puisse résoudre le roi de Prusse à remettre tout entre vos mains, ce ne sera que par madame la margrave sa sœur qu'on pourra y réussir.

J'espère que ma lettre ne sera pas prise par des housards prussiens ou autrichiens; je ne signe ni ne date. Vous connaissez mon ermitage; j'ose vous supplier de m'écrire seulement quatre mots qui m'instruisent que vous avez reçu ma lettre.

J'ai eu l'honneur de mettre sous votre protection une lettre pour Mme la duchesse de Saxe-Gotha. Plus d'une armée mange son pauvre pays, et, tout galant que vous êtes, vous y avez quelque part^

1. c'est grosse part qu'il fallait dire: Richelieu, après la convention de Closter-Steven, regardant comme finie une tâche à peine comn^encee, s'était mis à piller le pays j triste début d'une guerre où tant de revers étaient reserves à la France.

A M. DARGET.

A Lausanne, 8 janvier 1758.

Vous me demandez, mon cher et ancien compagnon de Potsdam, comment Cinéas* s'est raccommodé avec Pyrrhus'. C'est, premièrement, que Pyrrhus fit un opéra de ma tragédie de Mérope^ et me l'envoya ; c'est qu'ensuite il eut la bonté de m'offrir sa clef qui n'est pas celle du paradis, et toutes ses faveurs qui ne conviennent plus à mon âge ; c'est qu'une de ses sœurs, qui m'a toujours conservé ses bontés ^, a été le lien de ce petit commerce qui se renouvelle quelquefois entre le héros- poëte-philosopheguerrier-malin-singulier-brillant-fier-modeste, etc., et le Suisse Cinéas retiré du monde. Vous devriez bien venir faire quelque tour dans nos retraites , soit de Lausanne , soit des Délices ; nos conversations pourraient être amusantes. Il n'y a point de plus bel aspect dans le monde que celui de ma maison de Lausanne. Figurez- vous quinze croisées de face en cintre, un canal de douze grandes lieues de long que l'œil enfile d'un côté , et un autre de quatre ou cinq lieues , une terrasse qui domine sur cent jardins , ce même lac qui présente un vaste miroir au bout de ces jardins, les campagnes de la Savoie au delà du lac, couronnées des Alpes qui s'élèvent jusqu'au ciel en amphithéâtre ; enfin, une maison où je ne suis incommodé que des mouches au milieu des plus rigoureux hivers. Mme Denis l'a ornée avec le goût d une Parisienne. Nous y faisons beaucoup meilleure chère que Pyrrhus ; mais i] faudrait un estomac ; c'est un point sans lequel il est diffi-

i. Voltaire.— 2. Frédéric. — 3. La margrave de Bareuth.

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cile aux Pyrrhus et aux Cinéas d'être heureux. Nous répétâmes hier une tragédie ; si vous voulez un nMe , vous n'avez qu'à venir. C'est ainsi que nous oublions les querelles des rois, et celles des gens de lettres, les unes affreuses, les autres ridicules.

On nous a donné la nouvelle prématurée d'une bataille entre M. le maréchal de Richelieu et M. le prince de Brunswick. Il est vrai que j'ai gagné aux échecs une cinquantaine de pistoles à ce prince ; mais on peut perdre aux échecs et gagner à un jeu où l'on a pour seconds trente mille baïonnettes. Je conviens avec vous que le roi de Prusse a la vue basse et la tête vive; mais il a le premier des talents au jeu qu'il joue, la célérité. Le fonds de son armée a été discipliné pendant plus de quarante ans. Songez comment doivent combattre des machines régulières, vigoureuses, aguerries, qui voient leur roi tous les jours, qui sont connues de lui, et qu'il exhorte, chapeau bas, à faire leur devoir. Souvenez-vous comme ces drôles-là font le pas de côté et le pas redoublé ; comme ils escamotent les cartouches en chargeant, comme ils tirent six à sept coups par minute. Enfin, leur maître croyait tout perdu^ il y a trois mois; il voulait mourir, il me faisait ses adieux en vers et en prose; et le voilà qui, par sa célérité et par la discipline de ses soldats , gagne deux grandes batailles * en un mois, court aux Français, vole aux Autrichiens, reprend Breslau, a plus de quarante mille prisonniers, et fait des épigrammes. Nous verrons comment finira cette sanglante tragédie, si vive et si compliquée. Heureux qui regarde d'un œil tranquille tous ces grands événements du metUcur des mondes possibles! Je vous embrasse bien tendrement, et j'ai une terrible envie de vous voir. Le Suisse V.

1. Les batailles de Rosbach et de Lculhen ; Novembre^ Décembre 1757.

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