‹ Lettres choisies de VoltaireChapitre 137 sur 157 · A M. DALEMBERT · texte numérisé non relu

A M. DALEMBERT

A Lausanne, 8 janvier 1758.

On se vante à Genève que vous êtes obligé de quitter YEncyclopédtey non-seulement à cause de Tarticle Genève, mais pour d'autres raisons que les prêtres n'expliquent pas à votre avantage. Si vous avez quelque dégoût, mon cher philosophe, mon cher ami, je vous conjure de le vaincre; ae vous découragez pas dans une si belle carrière. Je voudrais que vous et M. Diderot , et tous vos associés, protestassent qu'en efiet ils abandonneront Touvrage , s'ils ne sont libres, s'ils ne sont à l'abri de la calomnie, si on n'impose pas silence , par exemple , aux nouveaux Garasses qui vous appellent des Cacouacs. Mais que vous seul renonciez à ce grand ouvrage, tandis que les autres le continueront; que vous fournissiez ce malheureux triomphe à vos indignes ennemis ; que vous laissiez penser que vous avez été forcé de quitter ; c'est ce que je ne souHrirai jamais ; et je vous conjure instamment d'avoir toujours du courage. Il eût fallu , je le sais , que ce grand ouvrage eût été fait et imprimé dans un pays libre, ou sous les yeux d'un prince philosophe ; mais, tel qu'il est, il aura toujours des traits, dont les gens qui pensent vous auront une éternelle obligation.

Que veulent dire ceux qui vous reprochent d'avoir trahi le secret de Genève? Vous n'avez dit que ce que savent toutes les communions protestantes ; votre livre est un registre public des opinions publiques. Ne vous rétractez jamais, et ne paraissez pas céder à ces misérables en renonçant à V Encyclopédie. Vous ne pourriez faire une plus mauvaise démarche, et sûrement vous ne la ferez pas.

On vous écrira une lelLro emmiellée ; ne vous hissez pas ;ill râper, de quelque part (ju'elle vienne. Un écrira à M. de Maleslierbes; c'est à lui de vous soutenir, et vous n'avez besoin d'être soutenu de personne.

Enfin, au nom des lettres el de votre gloire, soyez ferme ( I travaillez à V Encyclopédie,

Voici Hémisliche et Heureux, J'ai taché de rendre ces articles instructifs; je déteste la déclamation. Bonsoir; expliquez-moi, je vous en prie, toutes vos intentions ; et comptez que vous n'avez ni de plus grand admirateur ni d'ami plus attaché que le vieux Suisse V.

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