‹ Lettres choisies de VoltaireChapitre 3 sur 157 · PRÉFACE. III · texte numérisé non relu

PRÉFACE. III

am^s Jes eussent trouvés trop étroits; ils ne voudraient pas voir supprimer une phrase, une ligne de leur auteur; comme d'autres, peut-être en secret, voudraient qu'on n'en publiât ni une ligne, ni un mot. Ce n'est ni les partisans, ni les ennemis outrés qu'il faut chercher à satisfaire en tout, c'est au public désintéressé qu'il faut songer et plaire, à ce public sévère autant qu'équitable, qui n'adopte à la lon'iue que ce que la morale et le goût approuvent et recommandent à ses lectures et à son admiration.

Un recueil semblable a existé, et se trouve encore, plus ou moins complet, dans de rares bibliothèques particulières ou publiques; il porte la signature d'un poëte devenu célèbre, il est de 182^. Cette date seule indique l'esprit dans lequel il a été composé. La notice qui le précède déclare qu'il faut classer Voltaire parmi \esmonstra des Latins; elle parle de « son venin qui met la fange enébullition, » et se termine par l'image d'une époque « qui, à son aurore, voit Voltaire apparaître dans une saturnale funèbre, etc. » Une chose qui étonne, mais qui rassure un peu après cela, c'est qu'un si abominable auteur a pu fournir à ce recueil quatre jolis volumes intitulés Choix woral.

Ces préoccupations, étrangères à la littérature, ont disparu de nos jours, ce qui permet de donner un caractère moins exclusif à une publication du même genre. Elles rejetaient alors plus d'un chef-d'œuvre, et entre autres, la Réponse au discours de J. J. Rousseau sur r Inégalité des Conditions^ et en revanche, elles accueillaient aveuglément toutes les lettres accablantes ou injurieuses pour les philosophes. Nous nous sommes appliqué à rester impartial, ou plutôt nous n'avons eu qu'une préoccupation, celle de l'art. — Le Beau, le Vrai, le Bien, ne sont d'aucun parti ; ils sont de toutes les causes é evées et pures. C'est la gloire de notre époque d'avoir adopté cet éclectisme souveram, qui sera peut-être le dernier mot de la civilisation; en littérature, plus qu'ailleurs, il peut et doit régner sans trouble. Un choix équitable, par cela seul qu'il ne prendra que ce qu'il y a de vraimmt beau dans

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