‹ Lettres choisies de VoltaireChapitre 46 sur 157 · De /a Henriade · texte numérisé non relu

De /a Henriade

M. Rouillé, M. Hérault, M. Fallu, M. le cardinal, ont mes lettres, qui prouvent le contraire, et qui font bien foi que, si vous vous êtes chargé de Fédition de ce livre, c'a été de mon consentement. J'ai dit, j'ai écrit que je vous en avais chargé moi-même. Il est vrai que, lorsque les calomniateurs ont osé dire que j'avais fait imprimer ce livre à Londres pour en tirer beaucoup d'argent, mes amis ont répondu qu'il n'y avait pas eu plus de cent louis de profit, et que je vous l'avais entièrement abandonné pour la peine que vous deviez prendre de cette édition (si mal faite). Parlez à M. Rouillé, parlez à M. Hérault, à M. d'Argental, à tous ceux qui sont au fait de cette affaire, et vous verrez combien l'imputation d'avoir dit que vous m'aviez volé mon manuscrit est une calomnie insigne. Mais je -veux que des personnes de considération, trompées, je ne sais comment, aient pu vous avoir fait un rapport aussi faux et aussi indigne : n'était-il pas du devoir de l'amitié de m'écrire, sur-le-champ, pour vous en éclaircir? Vous me deviez bien au moins cette reconnaissance ; vous deviez cet éclaircissement à vingt années d'une liaison étroite, à votre honneur, et au mien. Deux vieux amis qui se brouillent se déshonorent; et vous, qui deviez aller audevant de ces lâches soupçons, par tant de raisons ; vous, qui disiez que vous veniez à Paris pour me voir; vous qui, après tout, avez seul eu quelque avantage d'une affaire qui m'a rendu le plus malheureux homme du monde, vous êtes un mois sans m'écrire, et vous oubliez assez tous les devoirs pour parler de moi d'une manière dés* agréable. Te vous avoue que, si quelque chose m'a touché dans mon malheur, c'est un procédé si étrange. Je' ne serais pas étonné que la même paresse et que la même légèreté de caractère, qui vous a fait à Londres négliger la révision même de cette édition, qui vous

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a empêché de ra'envoyer les journaux et de me donner les avis nécessaires, vous eut euij)è('lié aussi de m'écrire, depuis que vous êtes à Paris; mais pousser ce procédé jusqu'à faire gloire d'être mal avec moi, voilà ce que je ne peux croire. Je veux donner un démenti à ceux qui le disent, comme je le donne à ceux qui m'ont calomnié sui votre compte. Si jamais nous avons dû être unis, c'est dans un temps où une affaire qui nous est en partie commune a fait ma perte. Il est de votre honneur d'être mon ami, et mon cœur s'accorde, en cela, avec votre devoir. Je n'ai fait aucune prière au ministère, mais j'en fais à l'amitié. Je fais plus de cas de la vertu que des puissances. et je mérite que vous m'aimiez, que vous rougissiez de votre procédé, et que vous me défendiez contre la calomnie, qui ose m'attaquer jusque dans vous-même.

A M. DE GIDEVILLE.

A Paris, ce 27 octobre 173R.

Aujourd'hui est partie par le coche certaine Adélaïde du Giiesdin ^, qui va trouver l'intime ami de son père avec des sentiments fort tendres, beaucoup de modestie, et quelquefois de l'orgueil, de temps en temps des vers frappés, mais quelquefois d'assez faibles. Elle espère que l'élégant, le tendre, l'harmonieux Cideville lui dira tous ses défauts ; et elle fera tout ce qu'elle pourra pour s'en corriger.

Moi, père à' Adélaïde, ]e me meurs de regret de ne pouvoir venir vous entretenir sur tout cela.

« Parve (sed invideo), sine me, liber, ibis ad illum^-, • 1. Tragédie.— 2. Ovide, Triât., liv. I, él. 1.

ce Ad illum qui, absens et prœsens, mihî semper erit carissimus '^ . »

J'attends votre Allégorie; il me faut de temps en temps de quoi supporter votre absence; je parle souvent de vous avecLinant. Vous faites cent fois plus de besogne que lui. Les occupations continuelles de votre charge, loin de rebuter votre muse, Tencouragent et Taniment ; vous sortez du temple deThémis comme de celui d'Apollon. Je ne sais pas encore quel fruit Linant aura tiré de votre société et de vos conseils, mais je n'ai encore rien vu de lai. Il y a deux ans que je lui ai fait donner son entrée h la Comédie, sur la parole qu'il ferait une pièce. Je lui ai enfin fourni un sujet, au lieu de son Sabinus, qui n'était point du tout théâtral. H n'a pas seulement mis par écrit le plan que je lui ai donné. Je le plains fort s'il ne travaille pas; car il me semble qu'étant un peu fier et très-gueux, si, avec cela, il est paresseux et ignorant, il ne doit espérer qu'un avenir bien misérable. 11 a eu le malheur de se brouiller chez moi avec toute la maison : cela met, malgré que j'en aie, bien du désagrément dans sa vie. Celui qui se mêle de mes petites affaires, et sa femme, s'étaient plaints souvent de lui. Je les avais raccommodés; les voilà, cette fois-ci, brouillés sans apparence de retour. Cela me fâche d'autant plus que Linant en souffre, et que, malgré toutes mes attentions, je ne peux empêcher mille petits désagréments que des gens, qui ne sont pas tout à fait mes domestiques, sont à portée de lui faire essuyer, sans que j'en sache rien. Je vous rends compte de ces petits détails, parce que je l'aime et que vousl'aimez. Je suis persuadé que vous aurezla bonté de lui donner des conseils dont il profitei'a. J'ai bien peur que jusqu'ici vousne lui ayez donné que de l'amour-propr

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