‹ Lettres choisies de VoltaireChapitre 64 sur 157 · Hor.,liv. I, ep. i, v. ik · texte numérisé non relu

Hor.,liv. I, ep. i, v. ik

DE VOLTAIRE. l/,3

Wolfl et du modeste Locke, n'ont servi tontes qu'à me faire voir combien la nalure de mon ;une m'était incompréiiensil)le, eoml)ien nons devons admirer la sagesse de cet Ktre suprême qui nous a lait tant de présents dont nous jouissons sans les connaître, et qui a daigné y ajouter encore la faculté d'oser parler de lui. Je me suis toujours tenu dans les bornes où Locke se renferme, n'assurant rien sur notre âme, mais croyant que Dieu peut tout. Si pourtant ce sentiment a des suites dangereuses, je l'abandonne à jamais de tout mon cœur.

Vmis savez si le poëme de la Henriade^ dont j'espère vous présenter bientôt une édition très-corrigée, respire autre chose que Tamour des lois et l'obéissance au souverain. Ce poëme enfin est la conversion d'un roi protestant k la religion catholique. Si dans quelques autres ouvrages qui sont échappés à ma jeunesse (ce temps de fautes), qui n'étaient pas faits pour être publics, que l'on a tronqués, que Ton a falsifiés, que je n'ai- jamais approuvés, il se trouve des propositions dont on puisse se plaindre, ma réponse sera bien courte : c'est que je suis prêt d'effacer sans miséricorde tout ce qui peut scandaliser, quelque innocent qu'il soit dans le fond. Il ne m'en coûte pomt de me corriger. Je réforme encore ma Henrlade; je retouclie toutes mes tragédies, je refonds V Histoire de Charles XIL Pourquoi, en prenant tant de peines pour corriger des mots, n'en prendrais-je pas pour corriger des choses essentielles, quand il suffit d'un trait de plume?

Ce c[ue je n'aurai jamais à corriger, ce sont les sentiments de mon cœur pour vous et pour ceux qui m'ont élevé; les mûmes amis que j"avais dans votre collège, je les ai conservés tous. Ma respectueuse tendresse peur mes maîtres est la même. Adieu, mon révérend père; j© suis pour toute ma vie, etc.

i44 LETTRES CHOISIES

A M. L'ABBÉ MOUSSINOT.

A Cirey, le 2 janvier 1739.

Une compote de marrons glacés, de cachou, de pastilles, et de louis d'or, est arrivée avec tant de mélange de bruit et de sassements continuels, que la boîte a crevé. Tout ce qui n'est pas or est en cannelle, et cinq louis se sont échappés dans les batailles ; ils ont fui si loin qu'on ne sait où ils sont. Bon voyage à ces messieurs ! Quand vous m'enverrez les cinquante suivants, mon cher ami, mettez-les à part bien cachetés, a l'abri des culbutes.

Je vous reiîommande toujours les Lézeau, les d'Auneuil, Villars, d'Estaing, Clément, Arouet, et autres ; il est bon de les accoutumer à un payement exact, et de ne pas leur laisser contracter de mauvaises habitudes. — Je vous demande pardon, mon cher ami, mais ma délégation est an droit, et ce serait l'infirmer que de la soumettre au prince de Guise. Point de politesses dangereuses, même envers les Altesses.

Au chevalier de Mouhi, encore cent francs et mille excuses ; encore deux cents et deux mille excuses à Prault fils. Un louis d'or à d'Arnaud sur-le-champ.

J'ai pardonné à Demoulin, je pardonne encore à Jore ; le premier est repentant, le second a donné son désistement à M. Hérault; il a avoué ce que j'avais deviné. Il est pauvre, je ferai quelque chose pour lui. Je suis un peu malade, mais je vous aime comme si je me portais bien.

Page 1