‹ Lettres choisies de VoltaireChapitre 8 sur 157 · VIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE

même. De là une correspondance volumineuse oîi les dèWiS les plus humbles de la grammaire et de la versificalion se mêlent aux dissertations les plus générales sur la philosophie, la politique, l'histoire. Quelques lettres rassemblées avec soin révéleront les traits les plus piquants de cette période romanesque.

Et ainsi au fur et à mesure qu'on avance, les noms nouveaux qui paraissent, ou les noms anciens qui reviennent, montrent la tidélité ou l'inconstance de ses amitiés, la variété, l'importance et l'étendue de ses relations. Quelle galerie de correspondants que celle où figurent les noms de Frédéric II, du mnréchal duc de Richelieu, de l'impératrice Catherine, du comte Schowalow, du cardinal de Fleury, du cardinal de Bernis, du duc de Ghoiseul, de Malesherbes, de Turgot, de Lally Tollendal, de Franklin : voilà pour la politique, la philosophie, l'histoire! oia reviennent sans cesse les noms du comte d'Argental, du comte d'Argenson, de Mme Du Deffand et tant d'autres : voilà pour l'amitié et les confidences personnelles ou intellectuelles! où se distinguent à tous moments les noms de tous les hommes considérables dans les lettres ou dans les sciences : J. B. Rousseau, J. Jacques Rousseau, Diderot, Dalembert, Laharpe, Goldoni, Duclos, La Lande, Glairaut, etc.! Et quelle plus fidèle histoire, quelle plus vive peinture de ia société au dix -huitième siècle, et des événements qui le remplissent, depuis cette régence frivole dont Law est un instant l'unique dieu, jusqu'à cette triste guerre de Sept ans, et ces ministères désastreux dont l'habileté et la vertu des Turgot, des Necker et de l'mfortunô Louis XVI, ne pourront ni réparer les fautes, ni conjurer les effroyables conséquences! Mais surtout quel récit merveilleux d'enjouement, de variété à la fois et d'unité, que ce résumé courant, journalier, passionné des préoccupations mondaines ou philosophiques, littéraires, morales, politiques ou familières de l'auteur! Gomme on y suit les progrès de cet esprit qui se déploie, grandit, s'élève, se fortifie loin de s'affaiblir, avec les ans accumulés sur sa tête; qui, léger

PRÉFACE. a

avec la régence , tout entier aux études sérieuses, dans Tâge de la maturité et du talent, devenu plus grave encore avec la marche du siècle, se tourne, à ses derniers jours, vers les problèmes politiques et sociaux; si bien qu'une existence littéraire, inaugurée par des vers licencieux ou galants , remplie par des tentatives hardies dans tous les genres, se clôt par des revendications de la liberté et des droits de l'homme, par des prophéties redoutables qu'un avenir prochain va réaliser, et enfin par cette solennelle bénédiction donnée au fils de Franklin, au nom.de Dieu et de la Liberté! a God and Liberty ! »

Si un tel choix, si ces extraits ainsi envisagés et résumés dans leur ensemble, semblent aboutir à un panégyrique, j'avouerai sans crainte que c'est là l'inconvénient ou plutôt l'avantage des recueils qui ne présentent et ne veulent présenter que ce qu'il y a de beau dans la vie d'un homme, ou de parfait dans ses œuvres. L'inconvénient est petit et l'avantage est grand. Historiens, critiques, savants, sinon gens de parti, nous font assez connaître à fond tout ce qui appartient à une œuvre ou à un homme. Défauts, travers, imperfections, rien n'échappe à la loupe de cette science scrupuleuse ou intéressée; elle se charge de rectifier les choses au point de vue de l'histoire, de la littérature, sinon de la passion. — Mais quel profit trouvent le public et l'humanité à ces rectifications rigides ou partiales? Le voit-on? On voit au contraire que l'un et l'autre gagnent à des extraits qui éclairent et forment l'esprit, en lui présentant seulement ce que l'esprit humain a produit de juste et de beau; qui élèvent et ennoblissent l'âme en lui faisant connaître seulement ce que l'âme humaine a enfanté de plus sublime et de plus pur. Dans une des lettres adressées au prince royal de Prusse, Voltaire déclare qu'il voudrait que l'histoire tût à jamais les crimes dont les rois et les pontifes se sont souillés, afin, dit-il, de ne montrer aux peuples que des exemples de vertu, et de n'enseigner aux rois que la justice et l'humanité. En appliquant cette règle aux écrivains, en effaçant de leurs œuvres tout ce qu'elles contiennent de mauvais et de dangereux, en ne les montrant que dans leurs

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