X PRÉFACE
perfections, on ne leur laisserait parler à la postérité qu'un langage souverainement bon, salutaire et noble ; et la postérité, formée à ces sages leçons, et n'en connaissant pas d'autres, marcherait sûrement dans la voie du progrès et de la raison. Les questions de fidélité historique, ou de valeur exacte et réelle d'un écrivain en particulier, me semblent petites auprès du bienfait moral qu'en recevraient tous les hommes en général.
Nul plus que Voltaire ne mérite de subir ces suppressions sévères, et n'est plus digne en même temps de voir sa réputation s'épurer ainsi avec ses œuvres.
« Rassemblez ces traits de vertu, d'humanité, d'amour du bien général, épars dans vos ouvrages (lui écrivait-on un jour); composez-en un tout qui fasse aimer votre âme autant qu'on admire votre esprit.... Vous trouverez dans votre cœur, dans votre génie, dans votre mémoire si bien ornée,» tout ce qui peut rendre cet ouvrage, un chef-d'œuvre.... »
Ce but idéal que lui indiquait sévèrement le cardinal de Bernis, qui le croyait digne de l'atteindre, si notre choix le réalise à certains égards, ne faudra-t-il pas plus s'en féliciter que s'en plaindre?
Pour qui ne suivra pas ces extraits dans leur ordre chronologique, ou en observant exactement le nom des lieux d'oij ces lettres sont datées.^ et celui des personnages auquels elles sont adressées ; pour qui ne songera à rétablir ni la biographie, ni l'histoire du temps ou des idées de l'écrivain; pour qui les ouvrira au hasard, au seul gré de son caprice, et à la seule indication fournie par la table analytique, l'intérêt ne sera pas moins grand. Cette correspondance immense s'est appliquée à des sujets si variés et si nombreux, que, grâce au génie qui l'a produite, elle offre une source inépuisable d'instruction et de plaisir.
Tous les traités ou choix de lettres composés pour l'agrément du pubUc ou l'instruction de la jeunesse (depuis le piquant recueil publié jadis par M. Génin, jusqu'au dictionnaire compacte et consciencieux de M. Dezobry), y ont puisé