A M.*'*, DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE
Mars 1743.
J'ai rhonneur de vous envoyer les premières feuilles d'une seconde édition des Éléments de Neioton^ dans lesquelles j'ai donné un extrait de sa métaphysique. Je vous adresse cet hommage comme à un juge de la vérité. Vous verrez que Newton était de tous les philosophes le plus persuadé de l'existence de Dieu, et que j'ai eu raison
1. Ici Voltaire s'embrouille un peu dans la supputation dés dates : Tannéç 1742 répond à Tan 1155 et non 1122 de l'hégire.
de dire qu'un calécliisle annonce Dieu à ses enfants, et qu'un Newton le démontre aux sages.
Je compte dans quelque temps avoir l'honneur de vous présenter l'édition complète qu'on commence du peu d'ouvrages qui sont véritablement de moi. Vous verrez partout, monsieur, le caractère d'un bon citoyen. C'est par là seulement que je mérite votre suCrage, et je soumets le reste à voire criique éclairée. J'ai entendu de votre bouche, avec une grande consolation, que j'avais osé peindre, dans la Henriade^ la religion avec ses propres couleurs, et que j'avais même eu le bonheur d'exprimer le dogme avec autant de correction que j'avais fait avec sensibilité réloge de la vertu. Vous avez daigné même approuver que j'osasse, après nos grands maîtres, transporter sur la scène profane l'héroïsme chrétien ^ Enfin, monsieur, vous verrez si, dans cette édition, il y a rien dont un homme qui fait comme vous tant d'honneur au monde et à l'Église puisse n'être pas content. Vous verrez à quel point la calomnie m'a noirci. Mes ouvrages, qui sont tous la peinture de mon cœur, seront mes apologistes.
J'ai écrit contre le fanatisme'^ qui, dans la société, répand tant d'amertumes, el qui, dans l'État politique, a excité tant de troubles. Mais, plus je suis ennemi de cet esprit de faction, d'enthousiasme, do rébellion, plus je suis l'adorateur d'une religion dont la morale fait du genre humain une famille, et dont la pratique est établie sur rindulgence et sur les bienfaits. Comment ne i'aimerais-je pas, moi qui l'ai toujours célébrée ? Vous, dans qui elle est si aimable, vous suffiriez à me la rendre chère.