Dans Zaïre
2. Allusion à la tragédie de Mahomet, que le procureur général Joli do Fleuri, et plusieurs membres du parlement de Paris, avaient forcé Voltaire à retirer du théâtre.
Le stoïcisme ne nous a donné qu'un Epictète, et la philosophie chrétienne forme des milliers d'Épiciètes qui ne savent pas qu'ils le sont, et dont la ver u est poussée jusqu'à ignorer leur vertu même. Elle nous soutient surtout dans le malheur, dans l'oppression, et dans Tabandonnement qui la suit; et c'est peut-être la seule consolation que je doive implorer, après trente années de tribulations et de calomnies qui ont été le fruit de trente années de travaux.
J'avoue que ce n'est pas ce respect véritable pour la religion chrétienne qui m'inspira de ne faire jamais aucun ouvrage contre la pudeur; il faut l'attribuer à l'éloignement naturel que j*ai eu, dès mon enfance, pour ces sottises faciles, pour ces indécences ornées de rimes qui plaisent par le sujet à une jeunesse effrénée. Je fis à dixneuf ans une tragédie d'après Sophocle, dans laquelle il n'y a pas même d'amour. Je commençai à vingt ans un poëme épique dont le sujet est la vertu qui triomphe des hommes el qui se soumet à Dieu. J'ai passé mon temps dans l'obscurité à étudier un peu de physique, à rassembler des mémoires pour l'histoire de l'esprit humain % pour celle d'un siècle^ dans lequel l'esprit humain s'est perfectionné. J'y travaille tous les jours, sinon avec succès, au moins avec une assiduité que m'inspire l'amour de la patrie.
Voilà peut-être, monsieur, ce qui a pu m'altirer, de la part de q elques-uns de vos confrères, des politesses qui auraient pu m'enc^urager à demander d'être admis dans un corps qui fait k gloire de ce même siècle dont j'écris l'histoire. On m'a flatté que l'Académie trouverait même quelque granden^* A. remplacer un cardinal, qui fut un temps l'arbitre de l'Europe, par un simple citoyen qui n a pour lui que ses études et son zèle.