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A M. LE PRÉSIDENT HÉNAULT
A Cirey, le v septembre 1744»
0 déesse de la santé, Fille de la sobriété, Et mère des plaisirs du sage, Qui, sur le matin de notre âge, Fais briller ta vive clarté , Et répands la sérénité Sur le soir d'un jour plein d'orag3l 0 déesse, exauce mes vœux!
Que ton étoile favorable Conduise ce mortel aimable; Il est si digne d'être heureux!
Sur Hénault tous les autres dieux Versent la source inépuisable De leurs dons les plus précieux.
Toi qui seule tiendrais lieu d'eux, Serais-tu seule inexorable? Ramène à ses amis charmants, Ramène à ses belles demeures Ce bel esprit de tous les temps, Cet homme de toutes les heures.
Orne pour lui, pour lui suspends La course rapide du temps :
Il en fait un si bel usage !
Les devoirs et les agréments En font chez lui l'heureux partage.
Les femmes l'ont pris fort souvent Pour un ignorant agréable.
Les gens en iis pour un savant , Et le dieu joufflu de la table Pour un connaisseur très-gourmand* Qu'il vive autant que son ouvrage'.
Qu'il vive autant que tous les rois Dont il nous décrit les exploits, Et la faiblesse, et le courage, Les mœurs, les passions, les loiSj
I, VAbrégé chronologique.
Sans erreur et sans verbiage!
Qu'un bon estomac soit le prix
De son cœur, de son caractère.
De ses chansons, de ses ôcritii!
11 a tout; il a l'art de plaire,
L'art de nous donner du plaisir,
L'art si peu connu de jouir ;
Mais il n'a rien, b il ne digère.
Grand Dieu ! je ne m'étonne pas
Qu'un ennuyeux, un Desfontaine,
En.ouré, dans son galetas,
Do ses livres rongés des rats,
Kous endormant, dorme sans peine.
Et que le bouc soit gros et gras.
Jamais Églé, jamais Silvie,
Jamais Lise à souper ne prie
Un pédant à citations.
Sans goût, sans grâce, et sans génie.
Sa personne, en tous lieux honnie,
Est réduite à ses noirs gitons^
Hélas! les indigestions
Sont pour la bonne compagnie.
Après cet hymne à la Santé, que je fais du meilleur de mon cœur, souffrez, monsieur, que j'y ajoute mentalement un petit Gloria Patri pour moi. J'ai autant besoin d'elle que vous, mais c'était de vous que j'étais le plus occupé. Qu'elle commence par vous donner ses faveurs, comme de raison. Buvez gaiement, si vous pouvez, vos eaux de Plombières, et revenez vite à Cirey, avant que les houssards autrichiens^ ne viennent en Lorraine. Ces gens-là ne font boire que des eaux du Styx.
Souvenez-vous que, dans la foule de ceux qui vous aiment, il y a deux cœurs ici qui méritent que vous vous arrêtiez sur la route.