Réflexions critiques sur quelques poëteê
lulicules forts, des imperlinences dans lesquelles il entre de la passion, qui soient propres à Tintrif^^ue. Il faut un joueur, un avare, un jaloux, etc. Je suis d'aulant plus frappé de cette vérité, que je suis actuellement occupé d'une fcte pour le mariage de M. le Dauphin, dans laquelle il entre une comédie, et je m'aperçois plus que jamais que ce délié, ce fin, ce délicat, qui font le charme de la conversation, ne conviennent guère au théâtre. C'est celte fêle qui m'empêche d'entrer avec vous, monsieur, dans un plus long détail, et de vous soumettre mes idées; mais rien ne m'empêche de sentir le plaisir que me donnent les vôtres.
Je ne prêterai à personne le dernier manuscrit que vous avez eu la bonté de me confier. Je ne pus sefuser le premiei^ à une personne digne d'en être touchée. La singularité frappante de cet ouvrage, en faisant des admirateurs, a fait nécessairement des indiscrets. L'ouvrage a couru. Il est tombé entre les mains de M. de La Bruère, qui, n'en connaissant pas l'auteur, a voulu, dit-on, en enrichir son Mercure. Ce M. de La Bruère est un homme de mérite et de goût. Il faudra que vous lui pardonniez. Il n'aura pas toujours de pareils présents à faire au public. J'ai voulu en arrêter l'impression, mais on m'a dit qu'il n'en était plus temps. Avalez, je vous en prie, ce petit dégoût, si V0U3 haïssez la gloire.
Votre état me touche à mesure que je vois les productions de votre esprit si vrai, si nalurel, si facile et quelquefois si sublime. Qu'il serve à vous consoler, comme il servira à me charmer. Conservez-moi une amitié que vous devez à celle que vous m'avez inspirée. Adieu, monsieur; je vous embrasse tendrement.
A M. DE LA GONDAMLNE, A LA HâYj]*.
Versailles, le 7 janvier 17^5.
7otre style, monsieur, n'est point d'un homme de l'autre monde; voire cœur pourrait bien en être; vous vous souvenez de vos amis, et ce n'est pas la mode de cet hémisphère. Il est vrai que vous êtes fait pour être excepté. Il s'en faut bien qu'on vous ait oublié pendant vos dix ans d'absence; on parlait toujours de vous à Paris, tandis que vous étiez sur la montagne de Pichincha. Vous avez dû jouir du plaisir d'occuper de vous les deux moi iés du globe. Revenez donc vite a Paris, et faites-vous peindre comme M. de Mauperluis, aplatissant la terre d'un côté, tandis qu'il la presse de l'autre ; on ne dira plus que la figure du monde passe; vous l'aurez fixée pour jamais. Il est question- de vous fixer aussi à la fin, et de venir jouir du fruit de vos travaux, et, surtout, qu'on ne puisse pas dire du succès de votre voyage : Tout leur bien du Pérou n'est que du caquet. Je vous ai écrit plusieurs fois, et, surtout, quand M. Dufaï, votre ancien ami et le mien, vivait encore. Que vous trouverez ici d'honnêtes gens de moins et de sottises de plus' que vous trouverez de choses changées! Je me suis fait tant soit peu physicien, pour être plus digne de vous revoir ; mais c'est Mme du Châtelet qui mérite toute votre attention, en qualité de sublime géomètre. Elle s'est mise à éclaircir Leibnitz, ce qui était très-difficile; et moi, à embrouiller Newton, ce qui était très-aisé; mais elle a été mieux imprimée que moi, et l'édition des Éléments de Newton^ faite en Hollande, est entière-
1. Savant voyageur, membre de rAcadémie française; il était parti le 16 mai 1735, avec Godin et Boiiguer, pour le Pérou. Son premier soin ea arrivant à La Haye avait été d'écrire à Voltaire.
ment ridicule. Gardez-vous bien d'en lire un mot; j'aurai l'honneur de vous en présenter à Paris une moins mauvaise.
Je conçois que vous devez elre retenu ;\ La Haye par les ati^réments de la société; vous devez être surtout bien content de notre ministre, M. de La Ville. Vous aurez fait de grands dîners chez M. le général Debrosses; vous aurez dit des galanteries espagnoles à Mme de Saint- Gilles. Avez-vous vu mon cher et respectable ami, M. de Podewils, l'envoyé de Prusse? il était bien malade quand il est arrivé à La Haye, et j'ai peur qu'il n'ait pu jouir du plaisir devons entrevoir. La Haye est un des endroits delà terre où j'aurais le mieux aimé à vivre ; mais je donne encore la préférence à Paris, où je vous attends avec l'impatience de l'amilié, très-indépendante de celle de la curiosité.
Vous me trouverez aussi maigre et aussi malade que vous m'avez laissé, et aussi rempli d'attachement pour vous; je ne vous traite point comme un ami de l'autre monde. Point de compliments. Je reprends avec vous mes anciens errements. Il n'y a point eu de mille lieues entre nous. Je vous embrasse de tout mon cœur, comme vous le permettiez autrefois.
A M. LE MARQUIS D'ARGENSCxY,
Ministre des affaires étrangères.
Jeudi 13 mai, à il heures du soir ', 1745.
Ah ! le bel emploi pour votre historien^ ! Il y a ^rois cents ans que les rois de France n'ont rien fait de si glorieux Je suis fou de joie-
Bonsoir, monseigneur.