‹ Lettres choisies de VoltaireChapitre 96 sur 157 · Sémiramis · texte numérisé non relu

Sémiramis

2. Membre de rÂcadémie det sciences et de TAcadémie française.

phine. G'élail à moi naturellement de mourir, et c'est Mme la Dauphine qui est morte, le jour que j'avais achevé ma pièce. Voilà comme on se trompe dans tous ses calculs!

Vous ne vous êtes assurément pas Irompé sur Montaigne. Je vous remercie bien, monsieur, d'avoir pris sa défense. Vous écrivez plus purement que lui, et vous pensez de même. Il semble que voire porirait, par lequel vous commencez, soit le sien. C'est votre frère que vous défendez, c'est vous-même. Quelle imuslice criante de dire que Montaigne n'a fait que commenter les anciens! Il les cite à propos, et c'est ce que les commentateurs ne font pas. Il pense, et ces messieurs ne pensent point. Il appuie ses pensées de celles des grands hommes de l'antiquité ; il les juge, il les combat, il con' erse avec eux, avec son lecteur, avec lui-même; toujours original dans la manière dont il présente les objets, toujours plein d'imagination, toujours peintre, et, ce que j'aime, toujours sachant dou'er. Je voudrais bien savoir, d'ailleurs, s'il a pris chez les anciens tout ce qu il dit sur nos modes, sur nos usages, sur le Nouveau-Monde découvert presque de son temps, sur les guerres civiles dont il était le témoin, sur le fanatisme des deux sectes qui désolaient la France. Je ne pardonne à ceux qui s'élèvent contre cet homme charmant, que parce qu'ils nous ont valu l'apologie que vous a\ez bien voulu en faire.

Adieu, monsieur, conservez à ce pauvre malade des bontés qui font sa consolation, et croyez que l'espérance de vous voir quelquefois et de jouir des charmes de voire commerce me soutient dans mes longues infirmités.

A M. DE CIDEVILLE

A Fontainebleau, ce 9 novembre 1746.

Je ne sais plus qui disait que les gons qui font des tragédies n'écrivent jamais à leurs amis. Cet homme-là connaissait son monde. Un tragédien dit toujours : oc J'écrirai demain. » Il met proprement toutes les lettres qu'il reçoit dans un grand portefeuille, et versifie. Son cœur a beau lui dire : « Écris donc à ton ami ; » vient un héros de Babylone, ou une piaillarde de princesse*, qui prend tout le temps.

Voilà comme je vis, mon très-aimable Gideville; me voici à Fontainebleau, et je fais tous les soirs la ferme résolution d'aller au lever du roi; mais tous les malins je reste en robe de chambre avec Sèmiramis. Mais comptez que je me reproche bien plus de ne vous avoir point écrit, que de n'avoir point vu habiller Louis XV. Au moins je me console en disant : « C'est pour eux que je travaille. » Mon cher Gideville, si j'ai de la sanlé, j'irai à Paris à voire lever, je viendrai vous montrer ma besogne; je réparerai ma paresse. Revenez, mon cher ami; je ne sais pas ce qu'on fera sur nos frontières, mais tout sera à Paris en fêtes, et c'en est une bien grande pour moi de vous revoir.

Bonjour; je vous embrasse tendrement. V.

1. Arzace, Azéma, personnages de la tragédie de Sèmiramis^ à laquelle il Uavaiilait alors.

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