Oreste
ner^^Ie à noire langue, et je pense que si Voire Majesté voulait m'aider, nous pourrions faire Taunoone à cetle lanij^ue française, à cet'e gueuse pincée et dédaigneuse qui se complaît dans son indigence. Votre Majesté saura qu'à la dernière séance de notre Académie, où je me trouvai pour l'élection du raaréchal de Belle-Ile, je proposai cette petite question : Peut-on dire icn homme sou" (lain dans ses transports ^ dans ses résolulioiis, dans sa colère j comme on dit un événement soudain? « Non, répondit-on; car soudain n'appartient qu'aux choses inanimées.— Eh, messieurs! l'éloquence ne consiste-t-elle pas à transporter les mots d'une espèce dans une autre? N'est-ce pas à elle d'animer tout? Messieurs, il n'y a rien d'inanimé pour les hommes éloquents. • J'eus beau faire. Sire, Fontenelle, le cardinal de Rohan, mon ami l'ancien évêque de Mirepoix, jusqu'à l'abbé d'Olivet, tout fut contre moi. Je n'eus que deux suffrages pour mon soudain.
Croit-on, Sire, que si M. Bestucheft', ou Bartenstein, disait de Votre Majesté :
« Profond dans ses desseins, soudain dans ses eflbrt3, oc De notre politique il rompt tous les ressorts; »
croit-on, dis-je, que Bartenstein, ou BeslucheiT, s'exprimât d'une manière peu correcte? Si on laisse faire l'Académie, elle appauvrira notre langue, et je propose à Votre Majesté de l'enrichir. Il n'y a que le génie qui soit assez riche pour faire de telles entreprises. Le purisme est toujours pauvre.
Autre affaire. Il a plu à mon cher Isaac-Onitz, fort aimable chambellan de Votre Majesté, et que j'aime de tout mon cœur, d'imprimer que j'étais très-mal dans votre cour. Je ne sais pas trop sur quoi fondé, mais la
chose est moulée, et je le pardonne de tout mon cœur à un homme que je regarde comme le meilleur enfant du monde. Mais, Sire, si le maître de la chapelle du pape avait imprimé que je ne suis pas bien auprès du pape, je demanderais des agmis et des bénédictions à Sa Sainteté. Votre Majesté m'a daigné donner des pilules qui m'on fait beaucoup de bien; c'est un grand point; mais si elle daigne m'envoyer une demi-aune de ruban noir, cela me servirait mieux. Le roi auprès de qui je suis ne peut m'empêcher de courir vous remercier. Personne ne pourra me retenir. Ce n'est pas assurément que j'aie besoin d'être mené en laisse par vos faveurs; et je vous jure que j'irai bien me mettre aux pieds de Votre Majesté, sans ficelid et sans ruban. Mais je peux assurer Votre Majesié que le souverain de Lunéville* a besoin de ce prétexte pour n'êcre pas fâché contre moi de ce voyage. Il a fait une espèce de marché avec Mme du Châlelet, et je suis, moi, une des clauses du marché. Je suis logé dans sa maison, et tout libre qu'est un animal de ma sorte, il doit quelque chose au beau-père de son maîire. Voilà mes raisons. Sire. J'ajouterai que je vous étais tendrement attaché, avant qu'aucun de ceux que vous avez comblés de vos bienfaits eût été connu de Votre Majesté, et je vous demande une marque qui puisse apprendre à Lunéville et sur la route de Berlin que vous daignez m'aimer. Permettez-moi encore de dire que la charge^ que je possède auprès du roi mon maître, étant un ancien office de la couronne qui donne les droits de la plus ancienne noblesse, est non-seulement très-compatible avec cet honneur que j'ose demander, mais m'en rend plus suscep-
1 . Stanislas P»", ex-roi de Pologne, père de Marie Leczinska, reine de France souverain viager de Lorraine.
a. Celle de gentilhomme ordinaire de la chambre.
lible. Enfin c'est ÏOrdre du mérite^ et je veux tenir mou mérite de vos bontés. Au resle, je me dispose à partir le mois d'octobre; et, que j'aie du mcriic ou non, je suis à vos pieds.
A M. L'ABBÉ D'OLIVET
« Ne crois pas m'échnppor, consul que je drdaigne; « Tyran par la parole, il faut finir ton règne'. »
Mon cher maître, ce tyran par la parole est-il, ou une hardiesse heureuse, ou une témérité condamnable? mettez^ s'il vous plaît, votre avis au bas de ce billet. V.
A Paris, 174».