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Allusion à la Priiicesse de Clèves de M»» de La Fayette

[i. Eponso de Cntilina, dans Catilina ou Borne sauvée, tragédie à laquelU Voltaire travaillait encore.

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séjour autrefois sauvage, et qui est aujourd'hui aussi embelli par les arts qu'ennobli par la gloire. Cent cinquante mille soldats victorieux, pomt de procureurs, opéra, comédie, philoso phie, poésie, un héros philosophe et poète, grandeur et grâces, grenadiers et Muses, trompettes et violons, repas de Platon, société et liberté! Qui le croirait? Tout cela pourtant est trè? vï\i, et tout cela ne m'est pas plus précieux que nos petit? so pers. Il faut avoir vu Salomon dans sa gloire; mais il faut viv/e auprès de vous^ avec M. de Choiseul et M. l'abbé de Chauvelin. Que cette lettre, je vous en prie, soit pour eux; qu'ils sachent à quel point je les regrette, même quand j'entends Frédéric le Grand. Je suis tout honteux d'avoir ici l'appartement de M. le maréchal de Saxe. On a. voulu mettre l'historien dans la chambre du héros.

A. de pareils honneurs je n'ai point dû m'attendre; limide, embarrassé, j'ose à peine en jouir. Quinte-Curce lui-même aurait-il pu dormir, S'il eût osé coucher dans le lit d'Alexandre?

Mais dans quel lit couchez-vous, vous autres? Est-ce auprès du Bois de Boulogne? est-ce à Plombières? est-ce à Paris? j^jme d'Argental a-t-elle eu besoin des eaux? Il y a un mois que j'ignore ce que j'ai le plus d'envie de savoir. On m'a mandé que VEsprit et le Sentiment de M™^ de Graffigni avait réussi. Ma troupe a joué chez moi Jules César. Mais je ne sais pomt ce que font mes anges; j'ai attendu, pour leur écrire, que je fusse un peu stable, et que je pusse recevoir de leurs nouvelles. J'en attends avec la double impatience de l'absence et de l'amitié.

Adieu, mes anges; mon Frédéric le Grand fait un peu de tort à Aurélie. Il prend mon temps et mon âme. La caverne d'Euripide vaut mieux, pour faire une tragédie, que les agréments d'une cour. Les devoirs et les plaisirs sont les ennemis mortels d'un si grand ouvrage.

Conservez-moi tous des bontés qui me feront adorer votre société, et chérir poemata tragica et omnes has migas, jusqu'au dernier moment de ma vie.

A MADAME DENIS

A Berlin, le 24 août 1750.

Mon destin me suit partout. D'Arnaud fait des stances à le glace, et aussitôt les gazettes ks débitent sous mon nom. Ces' bien pis ici qne dans le fond d'une province de France. Les Berlinois veulent avoir de l'esprit, parce que le roi en a. Qui aurait dit qu'on se piquerait un jour de se connaître en vers dans le pays des Vandales? On y prend pour du vin de Beaune le vinaigre que les marchands de Liège vendent fort cher; et en vérité, c'est ainsi qu'en général le gros du public juge de tout. Le goût est un don de Dieu fort rare. Si toutes ces sotitses viennent à Paris, je vous prie de me défendre contrôles Vandales de notre patrie, car il y en a toujours. Nous nous préparons à jouer Ro^rie sauvée. Vous ne vous douteriez pas que nous trouvassions ici de;» acteurs. Ce qui vous étonnera, c'est que le prince Henri, frère du roi, et la princesse Amélie, sa sœur, récitent très bien des vers, et sans le moindre accent. La langue qu'on parle le moins à la cour c'est l'allemand. Je n'en ai pas encore entendu prononcer un mot. Notre langue et nos belles-lettres ont fait plus de conquêtes que Charlema gne. Je fais, comme vous voyez, ce que je peux pour me justifier; mais je n'en ai pas moins de remords de vous avoir quittée. La destinée se joue de nous. Je cherche la gaieté aux soupers des reines, et, quand je suis rentré chez moi, je trouve la tristesse. Mon inquiétude m'ôte le sommeil. J'attends votre première lettre pour fixer mon âme, qui ne sait plus où elle en est.

A LA MÊME

A Polsdam, le 28 octobre 1750.

Je ne sais pas pourquoi le roi me prive de la place d'historiographe de France, et qu'il daigne me conserver le brevet de Bon gentilhomme ordinaire* : c'est précisément parce que je

1. Ed 1746, Voltaire avait obtenu une charge de gentilhomme de la chambre cl

suis en pays étranger que je suis plus propre à être historien; l'aurais moins l'air de la flatterie; la liberté dont je jouis donnerait plus de poids à la vérité. Ma chère enfant, pour écrire l'histoire de son pays, il faut être hors de son paj's.

Me voilà donc à présent à deux maîtres. Celui qui a dit qu'on ne peut servir deux maîtres à la fois avait assurément bien raison; aussi, pour ne point le contredire, je n'en sers aucun. Je vous jure que je m'enfuirais s'il me fallait remplir les fonctions de chambellan comme dans les autres cours. Ma fonction est de ne rien faire. Je jouis de mon loisir. Je donne une heure par jour au roi de Prusse pour arrondir un ueu ses ouvrages de prose et de vers; je suis son grammairien, et point son chambellan. Le reste du jour est à moi, et la soirée finit par un souper agréable. Il arrivera qu'en dépit des litres dont je ne fais nul cas, je n'exercerai point du tout la chambellanie, et que j'écrirai l'histoire.

J'ai apporté ici heureusementtousmesextraits sur Louis XIV. Je ferai venir de Leipsick les livres dont j'aurai besoin, et je finirai ici ce Siècle de Louis XIV, que peut-être je n'aurais jamais fini à Paris. Les pierres dont j'élevais ce monument à l'honneur de ma patrie, auraient servi à m'écraser. Un mot hardi eût paru une licence effrénée; on aurait interprété les choses les plus innocentes avec cette charité qui empoisonne tout. Voyez ce qui est arrivé à Duclos* après son Histoire de Xoui5 17. S'il est mon successeur en historiographcrie, comme on le dit, je lui conseille de n'écrire que quand il fera, comme moi, un petit voyage hors de France.

Je corrige à présent la seconde édition que le roi de Prusse va faire de ï Histoire de son pays. Un auteur comme cehii-là peut dire ce qu'il veut sans sortir de sa patrie. Il use de ce droit dans toute son étendue. Figurez-vous que, pour avoir

le titre d'historiographe de France, « titre fort différent de celui d'historien, » «t-il dit lui-même ; car l'un doit toujours dire, et l'autre parer ou quelquefois tairo la vérité.

1. Moraliste et historien français, historien de Louis XI justement oublié, consulté encore pour ses peintures des mœurs et de la société du xviii siècle, ouvrage intitulé Considérations sur les mœurs de ce siècle (1751), et souvent réimprimé.

l'air plus impartial, il tombe sur son grand-père, de toutes ses forces. J'ai rabattu les coups tant que j'ai pu. J'aime un peu ce grand-père, parce qu'il était magnifique, et qu'il a laissé de beaux monuments. J'ai eu bien de la peine à faire adoucir les termes dans lesquels le petit-fils reproche à son ïïeul la vanité dent ses descendants retirent des avantages solides, et le titre n'en est point du tout désagréable. Enfin je lui ai dit : « C'est votre grand-père, ce n'est pas le mien, faites-en tout ce que vous voudrez; » et je me suis réduit à éplucher des phrases. Tout cela amuse, et rend la journée pleine; mais, ma chère enfant, ces journées se passent loin de vous. Je ne vous écris jamais sans regrets, sans remords, et sans amertume.

A LA MÊME

A Berlin, au château, le 26 décembre 1750.

Je VOUS écris à côté d'un poêle, la tête pesante et le cœur triste, en jetant les yeux sur la rivière de la Sprée, parce que la Sprée tombe dans l'Elbe, l'Elbe dans la mer, et que la mer reçoit la Seine, et que notre maison de Paris est assez près de cette rivière de Seine; et je dis : « Ma chère enfant, pourquoi suis-je dans ce palais, dans ce cabinet qui donne sur cette Sprée, et non pas au coin de notre feu? » Rien n'est plus beau que la décoration du palais du soleil dans Phaélon. M^'® Astrua est la plus belle voix de l'Europe; mais fallait-il vous quitter pour un gosier à roulades et pour un roi? Que j'ai de remords, ma chère enfant! que mon bonheur est empoisonné! que la vie est courte! qu'il est triste de chercher le bonheur loin de vous! et que de remords si on le trouve!

Je suis à peine convalescent; comment partir? Le char d'Apollon s'embourberait dans les neiges détrempées de pkiie qui couvrent le Brandebourg. Attendez-moi, aimez-moi, recevez-moi, consolez-moi, et ne me grondez pas. Ma destinée est d'avoir affaire k Rome, de façon ou d'autre. Ne pouvant y aller, je vous envoie Rome en tragédie, par le courrier de Hambourg, telle que je l'ai retouchée ; que cela serve du

moins à amuser les douleurs communes de notre éloignemenl. J'ai bien peur que vous ne soyez pas trop contente du rôle d'Aun'îlie, Vous autres femmes vous êtes accoutumées à être le premier mobile des tragédies, comme vous l'êtes de ce monde. Il faut que vuus soyez amoureuses comme des folles, que vous ayez des rivales, que vous fassiez des rivaux ; il faut qu'on vous adore, qu'on vous tue, qu'on vous regrette, qu'on se tue avec vous. Mais , mesdames , Gicéron et Caton ne sont pas galants ; César etCatilina n'étaient pas gens à se tuer pour vous. Ma chère enfant, je veux que vous vous fassiez homme pour lire ma pièce. Envoyez prier l'abbé d'Olivet de vous prêter son bonnet de nuit, sa robe de chambre, et son Cicéron, et lisez Rome sauvée dans cet équipage.

Pendant que vous vous arrangerez pour gouverner la république romaine sur le théâtre de Paris, et pour travestir en Caton et en Cicéron nos comédiens, je continuerai paisiblement à travailler au Siècle de Louis XIV, et je donnerai à mon aise les batailles de Nervinde et d'Hochstedt. Variété, c'ost ma devise. J'ai besoin de plus d'une consolation. Ce ne sont point les rois, ce sont les belles-lettres qui la donnent.

A M. LE COMTE D'ARGENTAL

Juillet 1751.

Je viens de lire Manlius^. Il y a de grandes beautés, mais elles sont plus historiques que tragiques; et, à tout prendre, cette pièce ne me paraît que la Conjuration de Venise de l'abbé de Saint-Réal, gâtée. Je n'y ai pas trouvé, à beaucoup près, autant d'intérêt que dans l'abbé de Saint-Réal, et en voici, je crois, les raisons :

\° La conspiration n'est ni assez terrible, ni assez grande, ni assez détaillée.

2° Manlius est d'abord le premier personnage, ensuite Servilius le devient.

1. Tragédie de d'Aubigny de Lafosse, jouée en 1698, et dont Talma fit plai tard le succès.

3** Manlius, qui devrait être un homme d'une ambition ▼•espectable, propose à un nommé Rutile (qu'on ne connaît pas, et qui fait l'entendu sans avoir un intérêt marqué à tout cela) de recevoir Servilius dans la troupe, comme on reçoit un voleur chez les cartouchiens ^ Cela est intéressant dans la conspiration de Venise, et nullement vraisemblable dans celle de Manxius, qui doit être un chef impérieux et absolu.

4'' La femme de Servilius devine, sans aucune raison, qu'on veut assassiner son père ; et Servilius l'avoue par une faiblesse qui n'est nullement tragique.

5° Cette faiblesse de Servilius fait toute la pièce, et éclipse absolument Manlius, qui n'agit point, et qui n'est plus là que pour être pendu.

6° Valérie, qui pourrait deviner ou ignorer le secret, qui, après l'avoir su, pourrait le garder ou le révéler, prend le parti d'aller tout dire et de faire son traité, et vient ensuite en avertir son imbécile de maii, qui ne fait plus qu'un personnage aussi insipide que Manlius.

7^» Autre événement qui pourrait arriver dans la pièce, ou n'arriver pas, et qui n'est pas plus prévu, pas plus contenu dans l'exposition que les autres : le sénat manque honteusement de parole à Valérie.

8° Manlius une fois condamné, tout est fini, tout le reste n'est encore qu'un événement étranger qu'on ajoute à la pièce comme on peut.

II me semble que, dans une tragédie, il faut que le dénouement soit contenu dans l'exposition comme dans son germe. Rome sera-t-elle saccagée et soumise? ne le serat-elle pas? Catilina fera-t-il égorger Cicéron, ou Cicéron le fera-t-il pendre? quel parti prendra César? que feront Aurélie et son père, dont on prend la maison pour servir de retraite aux conjurés? Tout cela fait l'objet de la curiosité, dès le premier acte jusqu'à la dernière scène. Tout est en action, et l'on voit de moment en moment Rome, Catilina, Cicéron dans Je plus grand danger. Le père d'Aurélie arrive, Catilina prend

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