‹ Lettres choisies; édition à l'usage des classesChapitre 114 sur 272 · Maupertuis · texte numérisé non relu

Maupertuis

2. M. Bagieu était chirurgien-major des gendarmes du roi Louis XV, el membre de l'Académie de chirurgie.

3. Mathématicien allemand, membre de l'Académie des sciences de Paris, plus laid professeur à La Haye.

4. Voltaire, en épousant la cause de Kœnig, avait hâté sa disgrâce à !• tour de liorliu. Voir plus haut, page 176, le récit de sa querelle avec Maupertui».

pour avoïr pris votre parti; mais je ne m'en repens pas, et je mourrai dans ma créance. Il me paraît toujours absurde de faire dépendre l'existence de Dieu d'à plus b divisé pai- z.

Ot en serait le genre humain s'il fallait étudier la dynamique et l'astronomie pour connaître l'Être suprême? Celui qui nous a créés tous doit être manifestée tous, et les preuves les plus communes sont les meilleures, par la raison qu'elles sont communes; il ne faut que des yeux et point d'algèbre pour voir le jour.

Dieu a mis à notre portée tout ce qui est nécessaire pour nos moindres besoins; la certitude de son existence est notre besoin le plus grand. Il nous a donné assez de secours pour le remplir; mais comme il n'est point du tout nécessaire qu'3 nous sachions ce que c'est que la force, et si elle est une propriété essentielle ou non à la matière, nous l'ignorons, et nous en parlons. iMille principes se dérobent à nos recherches, parce que tous les secrets du Créateur ne sont pas faits pour nous.

On a imaginé, il y a longtemps, que la nature agit toujours par le chemin le plus court, qu'elle emploie le moins de force et la plus grande économie possible; mais que répondraient les partisans de celte opinion à ceux qui leur feraient voir que nos bras exercent une force de près de cinquante livres pour lever un poids d'une seule livre ; que le cœur en exerce une immense pour exprimer une goutte de sang ; qu'une carpe fait des milliers d'œufs pour produire une ou deux carpes; qu'un chônc donne un nombre innombrable de glands qui souvent ne font pas naître un seul chêne? Je crois toujours, comme je vous le mandais il y a longtemps, qu'il y a plus de profusion que d'économie dans la nature.

Quant à votre dispute particulière avec votre adversaire, il me semble de plus en plus que la raison et la justice sont de votre côté. Vous savez que je ne me déclarai pour vous que quand vous m'envoyâtes votre Appel au jmblic. Je dis hautement alors ce que toutes les académies ont dit depuis, et je pris, de plus, la liberté de me moquer d'un livre très ridicule que votre peisécuteur écrivit dans le môme temps.

Ifcâ LETTRES CHOISIES

Tout cela a causé des malheurs qui ne devaient pas naître d'une si légère cause. C'est lu encore une des profusions de la latuie. Elle prodigue les maux; ils germent en foule de la plus petite semence.

Ce que je vous écrivais il y a près d'un an est bien vrai : les artifices sont, pour les cens de lettres, la plus mauvaise des armes; l'on se croit un politique, et on n'est que méchant. Point de politique en littérature. Il faut avoir raison, dire la vérité, et s'immolera

Je ne dispute point quand il s'agit de poésie et d'éloquence, c'est une affaire de goût; chacun a le sien; je ne peux prouver à un homme que c'est lui qui a tort quand je l'ennuie.

Je réponds aux critiques quand il s'agit de philosophie ou d'histoire, parce qu'on peut, à toute force, dans ces matières, faire entendre raison à sept ou huit lecteurs qui prennent la peme de vous donner un quart d'heure d'attention. Je réponds quelquefois aux calomnies, parce qu'il y a plus de lecteur» des feuilles médisantes que des livres utiles.

Par exemple, monsieur, lorsqu'on imprime que j'ai donné avis à un auteur illustre* que vous vouliez écrire contre ses ouvrages, je réponds que vous êtes assez instruit par des preuves incontestables que non seulement cela est très faux, mais que j'ai fait précisément le contraire.

Lorsqu'on ose insérer dans des feuilles périodiques que j'ai vendu mes ouvrages à trois ou quatre libraires d'Allemagne et de Hollande, je suis encore forcé de répondre qu'on a menti, et qu'il n'y a pas, dans ces pays, un seul libraire qui puisse dire que je lui aie jamais vendu le moindre manuscrit.

Lorsqu'on imprime que je prends à tort le titre de genlilàomme ordinaire de la chambre du roi de France, ne suis-je pas encore forcé de dire que, sans me parer jamais d'aucun titre, j'ai pourtant l'honneur d'avoir cette place, que S*. Wajeslé le roi mon maître m'a conservée?

i. « Vitam impoadere vero...», • dit Juvénal. 2. Frédéric II

Lorsqu'on m'attaque sur ma naissance, ne dois-je pas à ma famille de répondre que je suis né égal à ceux qui ont la môme place que moi, et que si j'ai parlé sur cet article avec la modestie convenable*, c'est parce que cette même place a été occupée autrefois par les Montmorenci et par les Chéitilbn?

Lorsqu'on imprime qu'un souverain m'a dit : « Je vous conserve votre pension, et je vous défends de paraître devant moi, » je réponds que celui quia avancé cette sottise en a menti impudemment.

Lorsqu'on voit dans les feuilles périodiques que c'est moi qui ai fait imprimer les Variantes de \ai Henriade sous le nom de M. Marmontel, n'est-il pas encore de mon devoir d'avertir que cela n'est pas vrai? que M. iMarmontel a fait une Préface à la tête d'une des éditions de la Henriade, et que c'est M. l'abbé Lenglet Dufresnoi qui avait fait imprimer les Valiantes auparavant, à Paris, chez Gandouin?

Lorsqu'on imprime que je suis l'auteur de je ne sais quel livre intitulé Des beautés de la langue française, je réponds que je ne l'ai jamais lu, et j'en dis autant sur toutes les impertinentes pièces que des écrivains inconnus font courir sous mon nom, qui est trop connu.

Lorsqu'on imprime une prétendue lettre de feu milord Tyrconnell, je suis obligé de donner un démenti formel au calomniateur, et, puisqu'il débite ces pauvretés pour gagner quelque argent, je déclare, moi, que je suis prét^ de lui faire l'aumône pour le reste de sa vie, en cas qu'il puisse prouver un seul des faits qu'il avance.

Lorsqu'on imprime que l'on doit s'attendre que j'écrirai contre les ouvrages d'un auteur respectable à qui je serai

1. Voltaire avait dit, en 1739, dans son mémoire sur la Satire.: « Uniqnô- « inenl occupé do l'éUule, je ne cherche point la gloire de la uai?snnco. Con- « lent, comme Horace, de mes parents, je n'en ai jamais demandé d'Autres « au ciel... Je me suis consacré à l'élude dès ma jeunesse; j'ai refusé la charge • d'avocat du roi à Paris, que ma famille, qui a exercé longtemps des charges « de judicalure, voulait m'acheler. En un mot, l'étude fai tous me» litres, » tous mes honneurs, toute mon ambition. »

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