On ne dirait pas aujourd'Liui dans luU
Dans les premières esquisses que j'eus Thonneur d'envoyer, je marque dans la Médée de Corneille les enchantements qu'elle emploie sur le théâtre ; et comme mon commentaire est historique aussi bien que critique, et que je compare les autres théâtres avec le nôtre, je dis que « dans la tragédie de Macbeth, qu'on regarde comme un chef-d'œuvre de Shakespeare, trois sorcières font leurs enchantements sur le théâtre, » etc.
Ces trois sorcières arrivent au milieu des éclairs et du tonnerre, avec un grand chaudron dans lequel elles font bouillir des herbes. Le chat a miaulé trois fois, disent-elles, il est temps, il est temps; elles jettent un crapaud dans le chaudron, etapos trophent le crapaud en criant en refrain : « Double, double, chaudron trouble! que le feu brûle, que l'eau bouille, double, double! » Cela vautbien les serpents qui sont venus d'Afrique en un moment, et ces herbes que Médée a cueilhes, le pied nu, en faisant pâlir la lune, et ce plumage noir d'une harpie, etc.
C'est à l'Opéra, c'est à ce spectacle consacré aux fables que ces enchantements conviennent, et c'est là qu'ils ont été le mieux traités.
Voyez dans Quinault', supérieur en ce genre :
« Esprits malheureux et jaloux, « Qui ne pouvez souffrir la vertu qu'avec peine;
« Vous dont la fureur inhumaine « Dans les maux qu'elle fait trouve un plaisir si doux, « Démons, préparez-vous à seconder ma haine; « Démons, préparez-vous « A servir mou courroux. »
Voyez, en un autre endroit, ce morceau encore plus fort que chante Médée :
« Sortez, ombres, sortez de la nuit éternelle;
« Voyez le jour pour le troubler :
« Que l'affreux Désespoir, que la Rage cruelle
« Prennent soin de vous rassembler.
« Avancez, malheureux coupables, Soyez aujourd'hui déchaînés;
1 Amadis.
H Goûtez l'uuique bien des cœurs infortunés,
« Ne soyez pas seuls misérables.
« Ma rivale m'expose à des maux effroyables : « Qu'elle ait part aux tourments qui vous sont destiné».
« Non, les enfers impitoyables « Ne pourront inventer des borreurs comparables
« Aux tourments qu'elle m'a donnés.
f. Goûtons l'unique bien des cœurs infortunés,
« Ne soyons pas seuls misérables i. »
Ce seul couplet est peut-être un chef-d'œuvre; il est fort et naturel, harmonieux et sublime. Observons que c'est là ce Quinault que Boileau afTectait de mépriser, et apprenons à être justes.
J'ai l'attention de présenter ainsi aux yeux du lecteur des objets de comparaison, et je présume que rien n'est plus instructif. Par exemple, Maxime dit* :
w Vous n'aviez point tantôt ces agitations,
« Vous paraissiez plus ferme en vos intentions,
« Vous ne sentiez au cœar ni remords ni reproche.
CliSNA.
« On ne les sent aussi que quand le coup approche, « Et l'on ne reconnaît de semblables forfaits « Que quand la main s'apprête à venir aux effets. « L'âme, de son dessein jusqu'alors possédée 3, » etc.
Shakespeare, soixante ans auparavant, avait dit la même chose dans les mêmes circonstances; Brutus, sur le point d'assassiner César, parle ainsi :
« Entre le dessein et l'exécution d'une chose si terrible, tout l'intervalle n'est qu'un rêve affreux. Le génie de Rome et les instruments mortels de sa ruine semblent tenir conseil dans nôtre âme bouleversée. Cet état funeste de l'âme tient de l'horreur de nos guerres civiles. »