A M. DE SOUMAROKOFF
26 féwier 1769.
Oui, monsieur, je regarde Racine comme le meilleur de nos poètes tragî'ques, sans contredit; comme celui qui seul a parlé au cœur et à la raison, qui seul a été véritablement sublime sans aucune enflure, et qui a mis dans la diction un charme inconnu jusqu'à lui. Il est le seul encore qui ait traité l'amour tragiquement; car, avant lui, Corneille n'avait fait bien parler cette passion que dans le Cid, et le Cid n'est paa de lui. L'amour est ridicule ou insipide dans presque toutes ses autres pièces.
Je pense encore comme vous sur Quinault : c'est un grand homme en son genre. Il n'aurait pas fait ÏArt poétique, mais Boileau n'aurait pas fait Armide.
Je souscris entièrement à tout ce que vous dites de Molière et de la comédie larmoyante, qui, à la honte de la nation, & succédé au seul vrai genre comique, porté à sa perfection par l'inimitable Molière.
Depuis Regnard*, qui était né avec un génie vraiment co-