Actes des Apôtres, xvii
2. Regnard, poète comique, né en 1655 à Paris, mort en 1709. Sa vie fut des plus romanesques et vagabondes. Né sous les piliers des Halles, comme MoUcro, Il part à vingt ans pour l'Ilalie séjourne à Bologne, est pris par des corsaires en
mique, et qui a seul approché Molière de près, nous n'avons eu que des espèces de monstres. Des auteurs qui étaient incapables de faire seulement une bonne plaisanterie, ont voulu faire des comédies, uniquement pour gagner de l'argent. Ils n'avaient pas assez de force dans l'esprit pour faire des tragédies; ils n'avaient pas assez de gaieté pour écrire des comédies; ils ne savaient pas seulement faire parler un valet; ils ont mis des aventures tragiques sous des noms bourgeois. On dit qu'il y a quelque intérêt dans ces pièces, et qu'elles attachent assez quand elles sont bien jouées; cela peut être; je n'ai jamais pu les lire, mais on prétend que les comédiens font quelque illusion.
Ces pièces bâtardes ne sont ni tragédies ni comédies. Quand on n'a point de chevaux, on est trop heureux de se faire traîner par des mulets.
Il y a vingt ans que je n'ai vu Paris. On m'a mandé qu'on n'y jouait plus les pièces de Molière. La raison, à mon avis, c'est que tout le monde les sait par cœur ; presque tous les traits en sont devenus proverbes. D'ailleurs il y a des longueurs ; les intrigues quelquefois sont faibles, et les dénouements sont rarement ingénieux. Il ne voulait que peindre la nature; et il en a été sans doute le plus grand peintre.
Voilà, monsieur, ma profession de foi, que vous me demandez. Je suis fâché que vous me ressembliez par votre mauvaise santé ; heureusement, vous êtes plus jeune, et vous ferez
revenant en France, emmené et vendu eu Algérie comme esclave; il se racheta et revient ; mais toujours possédé de la passion des voyages, il part pour la Flandre, visite la Hollande, le Danemark, la Suède, la Laponie, et ne s'arrête au nord que devant les glaces :« Hic tandem stetimus nobis ubi defuit orbis, >• n'a-t-il pcrit lui-même sur le sommet du Metavara. — La Pologne, la Turquie, la Hongrie le voient à leur tour ; il rentre enfin en France par l'Allemagne, et il ouve, à Paris, un salon recherché par les amis du plaisir, et par les gens d'esprit que charmaient la verve de leur hôte et le récit de ses voyages.
Digne successeur de Molière, il a donné à la scène française, entre autres comédies, le Joueur ; le Retour imprévu ; les Ménechmes, imités de Piaule ; les Folies amoureuses ; le Légataire universel, son chef-d'œuvre, qui sont restés aa répertoire, etc., etc. On a de lui, outre un théâtre considérable, des poésies diverses, épîtres, satires, eiz., et le récit de ses voyages. Boileau reconnut son talent, et Regnard lui dédia ses Ménechmes. Comme son immortel devancier» Regnard ne fit point partie de l'Académie française.
plus longtemps honneur à votre nation. Pour moi, je suis déjà mort pour la mienne.
J'ai l'honneur d'être, etc.
A MADAME LA MARQUISE DE FLORIAN
A PARI S
!•' mars 1769.
Ma chère nièce, j'ai été bien charmé de voir de votre écriture, car vous savez que j'aime votre style, et surtout votre souvenir. L'idée de n'être point oublié de vous me console dans ma solitude. Il y a aujourd'hui un an que je ne suis sorti de ma chambre et de mon jardin qu'une seule fois. Vous me paraissez avoir pour Paris autant d'aversion qu'il m'inspire d'indifférence. Pms est fort beau pour ceux qui ont beaucoup d'smibition, de grandes passions, et prodigieusement d'argent, avec des goûts toujours renaissants à satisfaire Quand on ne veut être que tranquille, on fait fort bien de renoncer à ce grand tourbillon. Paris a toujours été à peu près ce qu'il est, le centre du luxe et de la misère : c'est un grand jeu de pharaon, où ceux qui taillent emboursent l'argent des pontes. Mais vous trouveriez Paris le pays de la félicité, si vous aviez connu comme moi le temps du système* , où il était défendu, comme un crime d'État, d'avoir chez soi pour cinq cents francs d'argent. Vous n'étiez pas née lorsqu'on augmenta de cent francs la pension que l'on payait pour moi au collège, et que, moyennant cette augmentation, j'eus du pain bis pendant toute l'année 1709. Les Parisiens sont aujourd'hui des sybarites, et crient qu'ils sont couchés sur des noyaux de pêches, parce que leur lit de roses n'est pas assez bien fait. Laissez-les crier, et allez dormir en paix dans votre beau château d'Hornoy.
Je m'affaiblis tous les jours, ma chère nièce; je n'ai pas longtemps à vivre, et bientôt je vous dirai bonsoir. Si, en
1. Mme Vve Font&ine, «a nièce, devenue femme du marquis de Plorian oncle du fabuliste.
?. Le Law.
attendant, vous voulez vous amuser à Hornoy de quelques nouveautés, vous n'avez qu'à faire un marché avec la fermière générale qui se charge de vos paquets; on lui donnera la permission de les lire, pourvu qu'elle vous les envoie bien honnêtement. Je vous embrasse, vous et M. de Florian, de tout mon cœur.