Voir page 35, la notice sur Fontenelle
4. Roi ou Roy, autour d'opéras et surtout d'épigrammes qui lui valurent maints coups de bâton. Ce qui faisait dire à Voltaire : « C'est un hommo qui A de l'esprit, mais ce n'est pas un auteur assez cbÂtié. »
Comédie italienne. Ce n'est pas là où se trouve ce f^«4 dieu dont je vous parle. J'entends dire
Que tout Paris est enchanté Des attraits de la nouveauté; Que sou goût délicat préfère L'enjouement agréable et fin De Scaramouche et d'Arlequin* Au pesant et fade Molière!
A M. DE LA FAIE«.
La Faie, ami de tout le monde, Qui savez le secret charmant De réjouir également Le philosophe, l'ignorant, Le galant à perruque blonde; Vous qui rimez comme Ferrand, Des madrigaux, des épigrammes, Qui chantez d'amoureuses flamme»
Sur votre luth tendre et galant; Et qui même assez hardiment Osâtes prendre votre place Auprès de Malherbe et d'Horace, Quand vous alUez sur le Parnasse Par le café de la Laurent 3.
Je voudrais bien aller aussi au Parnasse, moi qui vous parle ; j'aime les vers à la fureur; mais j'ai un petit malheur, c'est
1. Personnages de la comédie italienne, toujours en vogue à cette époqu»».
2 Faie ou de La Faye, auteur des vers, souvent refaits ou cités, sur
l'avantage des diflicullé? imposées par les règles rigoureuses de la poésie.
« Telle, dans des canaux pressée,
« Avec plus de force élancée,
« L'onde s'élève dans les airs;
« Et la règle, qui semble austère,
« N'est qu'un art plus certain de plaire.
« Inséparable des beaux vers. »
3. Café situé au coin de la rue Christine et de la rue Daupbine, et où se réunissaient poètes, littérateurs, musiciens et peintres.
que j'en fais de détestables; et j'ai le plaisir de jeter tous les soirs au feu tout ce que j'ai barbouillé dans la journée.
Parfois je lis une belle strophe de votre ami M. de La Motte S et puis je me dis tout bas : « Petit misérable, quand feras-tu quelque chose d'aussi bien? » Le moment d'après, c'est une strophe peu harmonieuse et un peu obscure, et je me dis : « Garde-toi d'en faire autant. » Je tombe sur un psaume ou sur une épigramme ordurière de Rousseau ^ ; cela éveille mon odorat ; je veux lire ses autres ouvrages, mais le livre me tombe des mains. Je vois des comédies à la glace, des opéras fort au-dessous de ceux de Tabbé Pic, une épîlre au comte d'Ayen qui est à faire vomir, un petit voyage de Rouen fort insipide, une ode à M. Duché* fort au-dessous de tout cela; mais, ce qui me révolte et ce qui m'indigne, c'est le mauvais cœur qui perce à chaque ligne. J'ai lu son épitre à Marot*, où il y a de très beaux morceaux; mais je crois y voir plutôt un enragé qu'un poète. K n'est pas inspiré, il est possédé : il reproche à l'un sa prison, à l'autre, sa
L Voir sur la Motte la note page 10.
2. J -B. Rousseau, poète aujourd'hui peu lu, célèbre de son temps, et même plus tard, par son talent de versificateur, par ses querelles et son exil. Il existe de J.-B. Rousseau une édition critique des plus précieuses donnée par M. Eugène Manuel. (Delagrave, 1852.)
3. Auteur oublié de tragédies et d'opéras composés pour Saint-Cyr, sur l'invitation de M""' de Maintenon. U fut membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres.
4. Clément Marot, dont il imita souvent avec succès, dans ses épigrammes et particulièrement dans cette épître que maltraita Voltaire, le «tyie appelé marotique.
Elle débutait par cet éloge de Marot :
M Ami Marot
« Par vous en France, épitres, triolets
« Rondeaux, chansons, ballades, virelais,
« Gente épigramme et plaisante satire
« Ont pris naissance, en sorte qu'on peut dire :
« De Prométhée hommes sont émanés,
« Et de Marot joyeux contes sont nés. »
Elle finit ainsi :
« Puis je ne sais : tous ces vers qu'on admire « Ont un malheur : c'est qu'on ne peut les lire : « Et franchement, quoique plus censuré, « J'aime encor mieux être lu qu'admiré. »
vieillesse : il appelle celui-ci athée; celui-là, maroufle. Où donc es! le mcrile de dire en vers de cinq pieds des injures si |:^ros5icTCs? Ce n'élait pas ainsi qu'en usail M. Despréaux, quand il se jouait aux dépens d^s mauvais auleurs : aussi son style était doux et coulant; mais celui de Rousseau me parait inégal, recherché, plus violent que vif, et teint, si J'ose m'exprinicr ainsi, de la bile qui le dévore. Peut-on souiïrir qu'en parlant de M. Grébillon il dise qu'il vient dé sa griffe A-pollor molester ?
Quels vers que ceux-ci :
« Ce rimeur si sucré K Devient amer, quand le cerveau lui tinte, « Plus qu'aloès ni jus de coloquinte? »
De plus, loute cette épitre roule sur un raisonnement faux; il veut prouver que tout homme d'esprit est honnête homme, et que tout sot est fripon; mais ne serait-il pas la preuve trop évidente du contraire, si pourtant c'est véritablement de l'esprit que le seul talent de la versification? Je m'en rapjjorte à vous et à tout Paris. Rousseau ne passe point pour avoir d'autre mérite ; il écrit si mal en prose que son factum est une des pièces qui ont servi à le faire condamner. Au contraire, celui de M. Saurin* est un chef-d'œuvre :
« .... Et quid facundia possel « Tum patuit2.... »
Enfin voulez-vous (jue je vous dise franchement mon pet't sentiment sur MM. de La Motte et Rousseau? M. de La Motte pense beaucoup, et ne travaille pas assez ses vers* ; Rousseau
1. Joseph Saurin, auteur d'un factum contre Rousseau et victime des calomnies lances contre lui par son rival; père de Saurin Bernard, auteur de Spartacus et membre de l'Académie française.