Les Lois de Minos
les ferai brocher avec des pages blanches, sur lesquelles je ferai écrire les changements nécessaires pour ménager la vertu de vos belles demoiselles. Ce petit travail sera pour moi un amusement, et ne nuira pas à ma santé, toute faible qu'elle est. Je serai d'ailleurs soutenu par le plaisir de faire quelque chose qui puisse vous plaire.
Je suppose que votre bataillon de cinq cents filles est un bataillon d'amazones, mais je ne suppose pas qu'elles bannissent les hommes; il faut bien qu'en jouant des pièces de théâtre la moitié pour le moins de ces jeunes héroïnes fasse des personnages de héros; mais comment feront-elles celui de vieillard dans les comédies? En un mot, j'attends les instructions et les ordres de Votre Majesté sur tout cela.
Ce que j'admire, madame, c'est que vous satisfaites atout; vous rendez votre cour la plus aimable de l'Europe, dans le temps que vos troupes sont les plus formidables. Ce mélange de grandeur et de grâces, de victoires et de fêtes, me parait charmant. Tout mon chagrin est d'être dans un âge à ne pouvoir être témoin de tous vos triomphes en tant de genres, d'être obligé de m'en rapporter à la voix de l'Europe.
J'ai bien un autre chagrin, c'est que mes compatriotes soient dans Cracovie *, au lieu d'être à Paris. Je ne peux pas dire que je souhaite qu'ils vous soient présentés avec le grand vizir par quelques-uns de vos officiers : cela ne serait pas honnête, et on dit qu'il faut être bon citoyen. J'attends le dénouement de cette affaire, et celui de la pièce que l'on joue actuellement en Danemark.
Le vieux malade se met aux pieds de Votre Majesté Impériale avec le profond respect et l'attachement qu'il conservera jusqu'au dernier moment de sa vie.
I. Premier démembrement de la Pologae, démembrement consommé en 1793 et en 1795,