‹ Lettres choisies; édition à l'usage des classesChapitre 38 sur 272 · Virgile, Géorg., JV · texte numérisé non relu

Virgile, Géorg., JV

J'ourre dans ce moment le volume des tragédies de M. de Gampistron, et je vois à la première scène de VAlcibiade :

« Quelle que soit pour nous la tendresse des rois, « Un moment leur suffit pour faire un autre choix. »

Je dis que ces vers, sans être absolument mauvais, sont faibles et sans beauté.

Pierre Corneille, ayant la même chose à dire s'exprime

aii.isi :

« Et malgré ce pouvoir dont Tétat nous séduit*,

« Sitôt qu'il nous veut perdre, un coup d'ceil nous détruit. »

Ce quelk que soit de VAlcibiade fait languir le vers; de plus, un moment leur suffit pour faire un autre choix ne fait pas, à beaucoup près, une peinture aussi vive que ce vers :

« Sitôt qu'il nous veut perdre, un coup d'oeil nous détruit. «

Je trouve encore :

« Mille exemples connus de ces fameux revers... w Affaibli notre empire, et dans mille combats... « Nous cacbcut mille soins dont il est agité... « Il a mille vertus dignes du diadème... « Par mille exploits fameux justement couronnés... « En vain mille beautés, dans la Perse adorées... « En valu par mille soins la princesse Artémise... « Le sort le plus cruel, mille tourments affreux. »

Je dis que ce mot mille si souvent répété, et surtout dans des vers assez lâches, affaiblit le style au point de le gâter; que la pièce est pleine de ces termes oiseux qui remplissent négligemment l'hémistiche; je m'offre de prouver à qui voudra que presque tous les vers de cet ouvrage sont énervés par ces petits défauts de détail qui répandent leur langueur sur toute la diction.

Si j'avais vécu du temps de M. de Gampistron, et que j'eusse eu l'honneur d'être son ami, je lui aurais dit à lui-même ce que je dis ici au public; j'aurais fait tous mes efforts pour obtenir de lui qu'il retouchât le style de cette pièce, qui serait

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