Voltaire cite de mémoire : le second vers seal est exact
devenue avec plus de soin un très bon ouvrage. En un mot, je lui aurais parlé, comme je fais ici, pour la perfection d'un art qu'il cultivait d'ailleurs avec succès.
Le fameux acteur* qui représenta si longtemps Alcibiade cachait toutes les faiblesses de la diction parles charmes de son récit; en effet, Ton peut dire d'une tragédie comme d'une histoire : Eistoria^ quoqiio modo scripta, bene legitur ; et, Iragœdia, qiioqiio modo scripta, bene reprœséntalur^ ; mais les yeux du lecteur sont des juges plus difficiles que les oreilles du spectateur.
Celui qui lit ces y ers d' Alcibiade :
« Je répondrai, seigneur, avec la liberté
« D'un Grec qui ne sait pas cacher la vérité, »
se ressouvient à l'instant de ces beaux vers de Britannicus :
« J'en répondrai, madame, avec la liberté « D'uu soldat qui sait mal farder la vérité-''. »
Il voit d'abord que les vers de M. Racine sont pleins d'une harmonie singulière qui caractérise en quelque façon Burrhus, par cette césure coupée,
D'uu soldat, etc..
au lieu que les vers d* Alcibiade sont rampants et sans force; en second lieu, il est choqué d'une imitation si marquée ; en troisième lieu, il ne peut souffrir que le citoyen d'un pays renommé par l'éloquence et par l'artifice donne à ces mêmes Grecs un caractère qu'ils n'avaient pas:
« Vou3 allez attaquer des peuples indomptables,
« Sur leurs propres foyers plus qu'ailleurs redoutables. »
On voit partout la même langueur de style. Ces rimes d epithètcs, indomptables, redoutables, choquent l'oreille délicate du connaisseur, qui veut des choses et qui ne trouve que der
1. Baron, acteur et auteur comique, élève de Molière, que La Bruyère appela le Roscius du temps. Entre autres comédies, il traduisit en vers agréables VAib'ienne de Térence.