Acte I, se. u
sons. Sur léi.irs propres foyers plus qu'ailleurs est trop simple, même pour la prose.
Je n'ai trouvé aucun homme de lettres qui n'ait été démon avis, et qui ne soit convenu avec moi que le style de celte pièce est, en général, très languissant. J'ajouterai même que c'est la diction seule qui abaisse M. de Gampistron au-dessous do M. Racine. J'ai toujours soutenu que les pièces de M. de Campislron étaient pour le moins aussi régulièrement conduites que toutes celles de l'illustre Racine; mais il n'y a que la poésie du style qui fasse la perfection des ouvrages en vers. M. de Campislron l'a toujours trop négligée; il n'a imité le coloris de M. Racine que d'un pinceau timide; il manque àcet auteur, d'ailleurs judicieux et tendre, cesbeautés de détail, ces expressions heureuses, qui son l'âme de la poésie et fonl le mérite des Homère, des Virgile, des Tasse, des Millon, des Pope, des Corneille, des Racine, des Boileau.
Je n'ai donc avancé qu'une vérité, et même une vérité utile pour les belles-lettres; et c'est parce qu'elle est vérité qu'elle m'attire des injures.
L'anonyme (quel qu'il soit) me dit, à la suite de plusieurs personnalités, que je suis un très mauvais modèle; mais au moins il ne le dit qu'après moi : je ne me vante que de connaître mon art et mon impuissance. Il dit ailleurs (ce qui n'est point une inJLP.'e, mais une critique permise) que ma tragédie de Brutus est très défectueuse. Qui le sait mieux que moi? C'est parce que j'étais très convaincu des défauts de cette pièce que je la refusai constamment, un an entier, aux comédiens. Depuis même je l'ai fort retouchée; j'ai retourné ce terrain oij j'avais travaillé si longtempsavec tant de peine et si peu do fruit. Il n'y a aucun de mes faibles ouvrages que je ne corrige tous les jours, dans les intervalles de mes maladies. Non seulement je vois mes fautes, mais j'ai obligation à ceux qui m'en reprennent; et je n'ai jamais répondu à une critique qu'en tâchant de me corriger*.
J. u Sitôt que sur un vice, ils pensent me confondre,
« C'est en me guérissant que je sais leur répondre. »
Boileau, épître à Racine sur l'Utilité des ennemi».
Cette vérité que j'aime dans les autres, j'ai droit d'exiger que les autres la souffrent en moi. M. de la Motte sait avec quelle franchise je lui ai parlé, et que je l'estime assez pour lui dire, quand j'ai l'honneur de le voir, quelques défauts que je crois apercevoir dans ses ingénieux ouvrages. 11 serait honteux que la flatterie infectât le petit nombre d'hommes qui pensent. Mais plus j'aime la vérité, plus je hais et dédaigne la satire, qui n'est jamais que le langage de l'envie. Les auteurs qui veulent apprendre à penser aux autres hommes doivent leur donner des exemples de politesse comme d'éloquence, et joindre les bienséances de la société à celles du style. Faut-il que ceux qui cherchent la gloire courent à la honte par leurs querelles littéraires, et que les gens d'esprit deviennent souvent la risée des sots !
On m'a souvent envoyé en Angleterre des épigrammes et de petites satires contre M. de Fontenelle; j'ai eu soin de dire, pour l'honneur de mes compatriotes, que ces petits Lrails qu'on lui décoche ressemblent aux injures que l'esclave disait autrefois au triomphateur.
Je crois que c'est être bon Français de détourner, autant qu'il est en moi, le soupçon qu'on a dans les pays étrangers que les Français ne rendent jamais justice à leurs contemporains. Soyons justes, messieurs, ne craignons ni de blâmer, ni surtout de louer ce qui le mérite ; ne lisons point Perlharite *, mais pleurons à Polyeucte. Oublions, avec M. de Fontenelle', des lettres composées dans sa jeunesse ; mais apprenons par cœur, s'il est possible, les Mondes, la Préface de VHisioire de l'Académie des sciences, etc. Disons, si vous voulez, à M. de La Motte, qu'il n'a pas assez bien traduit l'/hat/e; mais n'oublions pas un mot des bnlles odes et des autres pièces