Pertharitc, tragédie de Corneille
2. Neveu de Corneille, né en 1657, mort en 1757. Secrétaire de l'Académie des sciences, dont il fait l'histoire, auteur à peu près universel ; on a de lui des tragédies, des opéras , des églogues, des dialogues des morts, etc. et surtout un livre intitulé : Entretiens sur la pluralité des mondes (lùSi5), « ouvrage unique eu son genre, car l'auteur a eu l'art do répandre des .. grâces jusque sur la philosophie. Exemple dangereux, parce que la véria table parure delà philosophie est l'ordre, la clarté, et .surtout la vérité. ■ /Voi.TAiRR. Sii'cle dp. Louis XIV. chap. xxxii.)
heureuses qu'il a faites. C'est ne pas payer ses dettes que de reiuseï de justes louanges. Elles sont Tunique récompense des gens de lettres; et qui leur payera ce tribut, sinon nous qui, courant à peu près la même carrière, devons connaître mieux que d'autres la difficulté et le prix d'un bon ouvrage? J'ai entendu dire souvent en France que tout est dégénéré, et qu'il y a dans tout genre une disette d'hommes étonnante. Les étrangers n'entendent à Paris que ces discours, et ils nous croient aisément sur notre parole; cependant quel est le siècle où l'esprit humain ait fait plus de progrès que parmi nous? Voici un jeune homme de seize ans* qui exécute en effet ce qu'on a dit autrefois de M. Pascal, et qui donne un traité sur les courbes qui ferait honneur aux plus grands géomètres. L'esprit de raison pénètre si bien dans les écoles, qu'elles commencent à rejeter également et les absurdités inintelligibles d'Aristote et les chimères ingénieuses de Descartes. Combien d'excellentes histoires n'avons-nous pas depuis trente ans? Il y en a telle qui se lit avec plus de plaisir que Philippe de Comines ; il est vrai qu'on n'ose l'avouer tout haut, parce que l'auteur est encore vivant 2; et le moyen d'estimer un contemporain autant qu'un homme mort il y a plus de deux centsans^I
« Ploravere suis non respondere favorem « Speratum meritis'». »
Personne n'ose convenir franchement des richesses de son siècle. Nous sommes comme les avares qui disent toujouri»
1. Clairaut, célèbre géomètre qui se rendit en Laponie pour mesurer ua degré du méridien.
2. Vertot, auteur d'un grand nombre d'histoires, entre SLUtres àe l'Histoire des révolutions de la République romaine; écrivain alors on vogue, mais dépourvu de critique, et qui poussait au dernier point la liberté de l'arrangement des faits au gré de ses petites commodités, et du goût de ses lecteurs : d'où le mot si connu qui lui est attribué. A qui lui apportait un jour aes documents nouveaux ou rectificatifs, il répondit: « Mon siège est tait. <>
3^ « On les persécute, on les lue,
« Sauf, après un lent examen,
« A leur dresser une statue
■ Pour la gloire du genre humain! »
(Déranger, les Fout.) 4, Horace, Ep., II, i, v. 9.
que le temps est dur. J'abuse de votre patience, messieurs; pardonnez cette longue lettre et toutes ces réflexions au devoir d'un honnête homme qui a dû se justifier, et à mon amour extrême pour les lettres, pour ma patrie, et pour la vérité.
Je suis, etc.
A M. DE CIDE VILLE»
13 août 1731.
Voici donc tout simplement, mon cher Ovide de Neustrie, comment j'ai rédigé vos vers; non que je ne les aimasse tous^^ mais c'est que des Français en retiennent plus aisément quatre que douze :
La Paie est mort; V*** se dispose A parer son tombeau des plus aimables vers. Veillons pour empêcher quelque esprit de travers
De l'étourdir d'une ode en prose.
J'ai pris, comme vous voyez, l'emploi de votre abréviateur, tandis que je vous laisse celui de tuteur de la Henriade et de Y Essai sur V Epopée^. Vous êtes d'étranges gens de croire que je m'arrête après la vie de Milton, et que je me borne à être son historien. Je vous ai seulement envoyé, à bon compte, cette partie de YEssai, et j'espère, dans peu de jours, vous envoyer la fin, que je n'ai pu encore retravailler. Je vous avoue que je serai bien embarrassé quand ij faudi'a parler de moi : je m'en tiendrais volontiers à ces vers que vous connaissez :
Après Milton, après le Tasse, Parler de moi serait trop fort; Et j'attendrai que je sois mort, Pour apprendre quelle est ma place.
1. Cormier de Cideville, de Rouen, ami tendre avec lequel VoUalns s'était lié au collège Louis- le-Grand, et qui lui resLa fidôle.
2. Essai sur la poésie époque, vcrilable Irailô que Voltaire inséra à la suite de sa Henriade, el où il passait en revue tous les poêles épiques de l'aatiqrit'i el des temps modernes : Homère, Virgile, Lucaiu, le TriasiO; i« Catn'>oa9, l9 TasàC el MilloB.
Je me bornerai, je crois, à dire que M. de Cambrai s'est trompé quand il a assuré que nos vers à rime plate ^ ennuyaient sûrement à la longue, et que l'harmonie des vers lyriques pouvait se soutenir plus longtemps. Cette opinion de M. de Fénelon a favorisé le mauvais goût de bien des gens, qui, ne pouvant faire des vers, ont été bien aises de croire qu'on n'en pouvait réellement pas faire en notre langue. M. de Fénelon condamnait notre poésie, parce qu'il ne pouvait écrire qu'en prose; il n'avait nulle connaissance du rbythme et de ses différentes césures, ni de toutes les finesses qui varient la cadence de nos grands vers. Il y a bien paru quand il a voulu être poète autrement qu'en prose. Ses vers sont fort au-dessous de ceux de Danchet'. Cependant tous nos stériles partisans de la prose triomphent d'avoir dans leur parti l'auteur du Télémaque, et vous disent hardiment qu'il y a dans nos vers une monotonie insupportable.
Je conviens bien que cette monotonie est dans leurs écrits, mais j'ai assez d'amour-propre pour nier tout net qu'elle se trouve dans ceux de votre serviteur. Toujours sais-je bien que je ne la trouverai pas dans l'opéra que je vous exhorte à finir de tout mon cœur. J'ai prié M. de Formont de vous donner de temps en temps quelques petits coups d'aiguillon. Je vous prie de lui faire encore mes remerciements, et de m'écrire ce qui lui en aura coûté pour ce beau transport, afinque j'aie l'honneur de lui envoyer incessamment ce qu'il aura déboursé. A l'égard du peu de vers anglais qui peuvent se trouver dans l'Essai sur la poésie épique, Jore n'aura qu'à m'envoyer la feuille par la poste ; on a réponse en vingt-quatre heures, c'est une chose qui ne doit pas faire de difficulté. J'aimerais bien mieux venir les corriger moi-même, et passer avec vous l'automne.
Mille compliments à notre ami, M. de Formont. Si safemme, sntre vous et lui, n'aime pas les vers, il y aura bien du malheur.
1, Vers qui rimpnl ensemble unis deux par deux, comme ceux da Théàtr4 de Racine ou des Epitres de Boiloau.
A M. BKOSSKTTE»
14 avril 173;.
Je suis bien flatté de plaire à un homme comme vous, monsieur; mais^je le suis encore davantage de la bonté que vous avez de vouloir bien faire des corrections si judicieuses dans VHisloire de Charles XII.
Je ne sais rien de si honorable pour les ouvrages de M. Despréaux que d'avoir été commentés par vous, et lus par Charles XIl. Vous avez raison de dire que le sel de ses satires ne pouvait guère être senti par un héros vandale, qui était beaucoup plus occupé de l'humiliation du czar et du roi de Pologne que de celle de Chapelain et de Cotin. Pour moi, quand j'ai dit que les satires de Boileau n'étaient ptis ses meilleures pièces, je n'ai pas prétendu pour cela qu'elles fussent mauvaises. C'est la première maniÂ'e de ce grand peintre, fort inférieure, à la vérité, à la seconde, mais très supérieure à celle de tous les écrivains de son temps, si vous en exceptez AI. Racine. Je regarde ces deux grands hommes comme les seuls qui aient eu un pinceau correct, qui aient toujours employé des couleurs vives, et copié fidèlement la nature. Ce qui m'a toujours charmé dans leur style, c'est qu'ils ont dit ce qu'ils voulaient dire, et que jamais leurs pensées n'ont rien coûté à l'harmonie ni à la pureté du langage. Feu M. de La iMotte, qui écrivait bien en prose, ne parlait plus français quand il faisait des vers. Les tragédies de tous nos auteurs, depuis M. Racine, sont écrites dans un style froid et barbare; aussi La Motte et ses consorts faisaient tout ce qu'ils pouvaient pour rabaisser Despréaux, auquel ils ne pouvaient s'égaler. Il y a encore, à ce que j'entends dire, quelques-uns de ces beaux esprits subalternes qui passent leur vie dans les cafés, lesquels font à la mémoire de M. Despréaux le môme honneur que les Chapelain faisaient à ses écrits de son vivant. Ils en disent du mal, parce qu'ils sentent que, si M. Despréaui les
1. Ami el commentateur de Boileau. Il faut connaître son édition de Boileau (1717, 4 vol. ia-12 Amsterdam.)
3Ût connus, ils les aurait méprisés autant qu ils méritent le l'être. Je serais très fâché que ces messieurs crussent que je pense comme eux, parce que je fais une grande différence Botre ses premières satires et ses autres ouvrages. Je suis îurtout de votre avis sur la neuvième satire*, qui est un chef- J'œuvre, et dont l'Épître aux Muses, de M. Rousseau, n'est qu'une imitation un peu forcée. Je. vous serai très obligé de me faire tenir la nouvelle édition des ouvrages de ce grand lionime, qui méritait un commentateur comme vous. Si vous voulez aussi, monsieur, me faire le plaisir dem'envoyer l'His toire de Charles XII, de l'édition de Lyon, je serai fort aise d'en avoir un exemplaire.