A M. DE FORMONT
A Paris, 25 juin 1732.
Grand merci, mon cher ami, des bons conseils que vous me donnez sur le plan d'une tragédie; mais ils sont venus trop tard. La tragédie ^ était faite. Elle ne m'a coûté que vingt-deux jours. Jamais je n'ai travaillé avec tant de vitesse. Le sujet m'entraînait, et la pièce se faisait toute seule. J'ai enfin osé traiter l'amour, mais ce n'est pas l'amour galant et français. Mon amoureux n'est pas un jeune abbé à la toilette d'une bégueule; c'est le plus passionné, le plus fier, le plus tendre, le plus généreux, le plus justement jaloux, le plus cruel, et le plus malheureux de tous les hommes. J'ai enfin Lâché de peindre ce que j'avais depuis si longtemps dans la LcLe, les mœurs turques opposées aux mœurs chrétiennes, et ie joindre, dans un même tableau, ce que notre religion peut avoir de plus imposant et même de plus tendre, avec ce que l'amour a de plus touchant et de plus furieux. Je fais
1, La satire qui commence par ce vers relevé par les grammairiens :
« C'est à vous, mon esprit, à qui je veux parler, »
et dan» Inqiielle, sous prétexte de se faire son procès à lui-même, Boileau le fuit à loa-j les p<;rsoniia^'CS de son temps.