XVI INTRODUCTION
dirige en renflammant, il prodigue ses lettres à d'Alembert et à Damilaville, comme un chef d'armée redouble ses instructions, dans le feu du combat, à ses meilleurs lieutenants ; d'un autre côté, sa correspondance avec Ghoiseul et Richelieu, en lui ménageant des appuis nécessaires, le prémunit contre certains dangers que son imagination s'exagère, peut-être, mais qui ne sont pas tous chimériques ; ses lettres à M™« du DefTand le tiennent en relation avec la meilleure société des salons de Paris ; l'abbé d'Olivet, personnage neutre et bienveillant, est son correspondant préféré à l'Académie et le lien qui l'unit encore aux modérés de la littérature ; le fidèle d'Argental, inépuisable en conseils et en dévouement, continue aie représenter et à le servir auprès du « tripot comique » ; il n'est pas jusqu'à son commerce épistolaire avec Bernis en disgrâce qui ne lui conserve une dernière amitié, même dans l'Eglise. Dès 175G, Frédéric et Voltaire, réconciliés, recommencent à s'écrire ; Catherine II le comble de lettres, de flatteries et de présents; les rois de Danemark et de Pologne souscrivent, pour lui plaire, en faveur des Calas ; ce qui lui fait dire, en 1767 : « J'ai brelan de roi quatrième dans mon jeu; il faut que je gagne la partie. »
Les lettres qui nous retracent ses dernières années ne sont ni les moins remplies, ni les moins intéressantes ; son ardeur, au lieu de tomber, croit avec l'âge ; elle soutient et prolonge sa vie, qu'elle semble dévorer. Il est agriculteur et manufacturier; il plante et défriche, il fonde des colonies, sans que cette âme, qui rayonne en tous sens et se prodigue dans toutes les directions, se refroidisse un instant pour les conquêtes d'opinion dont il poursuit le succès, pour les œuvres et les causes placées sous son victorieux patronage. Il excite les talents naissants, il accueille les jeunes recrues de la philosophie et de la poésie, La Harpe, Chamfort, Chabanon, Dupont de Nemours; on voit surgir, à cette date, dans sa correspondance, des noms destinés à paraître dans les orages de la fin du siècle : quelques jours avant de mourir, il rédigeait encore un plan de travail pour un nouveau Dictionnaire de l'Académie. Il meurt à Paris, le 30 mai d778, au lendemain d'une apothéose décernée à son génie, plus vivant que jamais ; les dernières lettres, qu'il a dictées sur son lit de mort, nous font assister à ses extrêmes souffrances, et, pour ainsi dire, à son agonie. M""® du Delfand écrivait, le 31 mai : «Voltaire est mort d'un excès d'opium qu'il a pris pour calmer ses douleurs, et j'ajouterais d'un excès de gloire, qui a trop secoué sa faible machine *. >^
Ainsi se résume et se condense en trois grandes époques cette prodigieuse carrière, que neuf mille lettres nous racontent