Pages 39 et 73, notes 1 et
2. Surcette ville. V. p. 20, notes Iet2. — Voltaire étant retourné à Bruxelles au mois d'août, après son premier voyage du mois de juillet, à la Haye, Frédéric avait d'abord songé à venir lui-même trouver le poète et la marquise dans l'hôtel qu'ils occupaient, rue de la Grosse-Tour, à Bruxelles. Ce projet ayant échoué, l'entrevue entre le prince et Voltaire eut lieu le 11 septembre au château de Moyland, à deux lieues de Clèves.
Frédéric était accompagné de Maupertuis et d'AlgaroIti qu'il venait de s'attacher par de.^ pensions.
3. Le roi de Prusse possédait à la Haye un palais assez délabré où l'anibassadeur prussien avait donné un appartement à Voltaire. Celui-ci était revenu une seconde fois dans celle ville pour surveiller l'cJitiou
qu'il donnait lui-même de Yanli-Machiavel.
4. 11 est intéressant de comparer ce récit à celui que Voltaire a fait de la même entrevue, plusieurs années après, dans les mémoires écrits par lui-même pour servir à l'histoire de sa vie, lorsque l'ancien prestige de la royale amitié s'était évanoui : «Je fus conduit dans l'appartement de Sa Majesté. 11 n'y avait que les quatre murailles. J'aperçus, dans un cabinet, à la lueur d'une bougie, un petit grabat de deux pieds et demi de large, sur lequel était un homme affublé d'une robe de chambre de gros drap bleu. C'était le roi, qui suait et qui tremblait sous une mauvaise couverture, dans un accès de fièvre violent.
Je lui fis la révérence, et commençai la connaissance par lui tâler le pouls, comme si j'avais été son premier médecin... (Bouchot, t. XL, p. .'i4-bo.)
meut de lui lire vos aimables vers; M'^^ du Châtelet, qui devait mêles envoyer, ne l'a pas fait. J'étais bien fâché, et je le suis encore; ils sont à Bruxelles, et moi, depuis un mois, je suis à la Haye; mais je vous jure bien fort que la première chose que je ferai, en revenant à Bruxelles, sera de les faire copier, et de les envoyer à celui qui en est digne, et qui en sentira tout le prix. Soyez sûr que vous en aurez des nouvelles.
Savez-vous bien ce que je fais à présent à la Haye ? Je fais imprimer la réfutation de Machiavel *, ouvrage fait pour rendre le genre humain heureux, s'il peut l'être, composé, il y a trois ans, par ce jeune prince, qui, dans un temps que les gens de son espèce emploient à la chasse, se formait à la vertu et à l'art de régner. J'y ai joint une petite pre/bfce de ma façon, et cela était nécessaire pour prévenir deux éditions toutes tronquées, toutes défigurées, qui paraissent coup sur coup, l'une chez Meyer% à Londres, l'autre chez Van Duren, à la Haye.
Il faut que vous lisiez, mon cher ami, cet ouvrage digne d'un roi. Quelque Goth et quelque Vandale trouveront peut-être à redire qu'un souverain ose si bien penser et si bien écrire ; ils regretteront les heureux temps oii les rois signaient leur nom avec un monogramme, sans savoir épeler; mais mon cher Gideville et tous les êtres pensants applaudiront. Je n'y sais autre chose que d'envoyer un exemplaire du livre à M. de Pontcarré ', avec un autre pour vous dans le paquet.
EiMahomeO\ il est tout prêt. Quand, comment le faire tenir au meilleur de mes amis et de mes juges? Je vous embrasse mille fois.
1 . Machiavel, né à Florence en 1469, publia le Traité du prince Qn 1514, et ses Discours sur Tite Live, en 1516.
Son Histoire de Florence fut composée en 15Î4. C'est le Traité du Prince que Frédéric avait réfuté, avant son avènement et pendant sa réclusion.
2, L'édition publiée à Londres était la contrefaçon de l'édition faite par Van Duren. Nous avons déjà dit (pages 146 et 147, notes 1 et 2.j
LETTR. CH. DE VOLTAIRE
pourquoi Voltaire crut devoir poblicr une autre édition du même ouvrage.
3. Premier président du parlement de Rouen dont Gideville était conseiller. Voltaire avait eu à se louer de lui, en 1731, lorsqu'il alla secrètement imprimer à Rouen la H>mriade et Charles XH. (V. page 41, note 1.)
4. V. page 135, note 1. Cette pièce fut jouée à Lille, l'année suivante.
li)0
LETTBE LXII. — A Wl, LE CARDINAL DE FLEURYl.
La Haye, le 4 novembre 1740.
Monseigneur, je ne peux résister aux ordres réitérés de S. M. le roi de Prusse ^. Je vais, pour quelques jours, faire ma cour à un monarque qui prend votre manière de penser pour son modèle.
J'ai eu l'honneur de faire tenir à Votre Éminence un Anti-Machiavel, livre où l'on ne trouve que vos sentiments, et qui a, ainsi que votre conduite, le bonheur du monde pour objet.
Quel que soit l'auteur de cet ouvrage', si Votre Éminence daignait me marquer qu'elle l'approuve, je suis sûr que l'auteur, qui est déjà plein d'estime pour votre personne, y joindrait l'amitié, et chérirait encore plus la nation dont vous faites la félicité.
Je me flatte que Votre Éminence approuvera mon zèle, et qu'elle voudra bien me le témoigner par un mot de lettre, sous le couvert de M. le marquis de Beauvau *. Je suis, avec un profond respect, monseigneur, etc.
1. Le cardinal de Flenry était premier ministre depuis i726. Il mourut en 1742 à l'âge de quatre-vingt-dix ans. 11 avait été successivement aumônier de Louis XIV, évèque de Fréjus en 1698, précepteur de Louis XV, en 1715.
2. Cette seconde entrevue eut lieu, dans le courant de ce mois, à Rheinsbcrg dans le Brandebourg.
3. Pour obéir aux ordres et aux intentions de Frédéric, V^oltaire tenait ic nom de l'auteur dans un secret transparent.
4. Le marquis de Beauvau avait été envoyé à Berlin pour complimenter Fiédéric IL sur son avènement, pour étudier son caractère et pénétrer ses desseins. L'empereur Cliarles VI
était mort le 20 octobre 1740 : on était à la veille de la Guerre de la succession d'Autriche, qui dura sept ans. Les amis de Voltaire avaient informé le ministère de France de? relations amicales qui existaient entre le poète et le nouveau roi; le cardinal de Fleury ne répugnait pas à l'idée d'utiliser ces relations; Voltaire, de son côté, entrait volontiers dans les vues du ministre et désirait rendre à notre politique, dans les circonstances graves où l'on se trouvait, un signalé service. C'est dans ce dessein qu'il adressa cette lettre au ministre et fit ce premier [las vers la faveur où il parvint, à la cour de France, en 1744 et 1745. Le cardinal lui répondit par une lettre datée du 14 novembre.