‹ Lettres choisiesChapitre 152 sur 456 · Boileau · texte numérisé non relu

Boileau

La mort seule ici-has, en terminant sa

[vie.

Peut calmer sur son nom l'injustice et

[lenvie.

[Ep. 1. 13.)

— Comperit invidiam sapremo fine do-

[mari.

(HoRACB, L. n, Ep. 1,12.)

2. Ce critique, dont l'existence n'est pas bien certaine, et qui est coinme le type et le symbole historique du dénigrement littéraire, a vécu, dit-on, au quatrième siècle avant J.-C.ll était né, suivant la légende attachée à son nom, soit à Ephèse, soit à Amphipolis; on le surnomma a le fouet ou le fléau dHomère », Bomeromastix. Il fut, ajoiiie-t-on, condamné à mort par Ptolémée Philadelphc. Son nom

est opposé à celui à'Artstarqne, qui personnifie la critique impartiale et éclairée.

3. Que s'emploie avec malgré dans cette locution : malgré qu'on en ait, ou, en d'autres termes, avec en, pronom relatif, et le verbe avoir. Cette locution signifie : « Quelque mauvais gré qu'on ait, ou que j'aie, ou que vous ayez, etc., de cela. »

Me voulez-vous toujours appeler de ce [nom ? — Ah ! mal'jré que j'en aie, il me vient :i [la bouche.

(Molière, Ecole des Femmes, a. I, se. i.)

« Madame tourne les choses d'une manière si agréable qu'il faut être de son sentiment, malgré qu'on en ait. »

(Id., Critique de l'Ecole des Femmes, m.)

ilï

LETTRE LXXiv. — A M. DE CIDEVILLE 1.

A Versailles 2, le 31 janvier 1745.

Mon aimable ami, je suis un barbare qui n'écris point, ou qui n'écris qu'en vile prose; vos vers font mon plaisir et ma confusion. Mais ne plaindrez-vous pas un pauvre diable qui est bouffon du roi à cinquante ans, et qui est plus embarrassé avec les musiciens, les décorateurs, les comédiens, les comédiennes, les chanteurs, les danseurs, que ne le seront les huit ou neuf électeurs pour se faire un césar allemand^? Je cours de Paris à Versailles, je fais des vers en chaise de poste. Il faut louer le roi hautement, M"'^ la Dauphine* finement, la famille royale doucement, contenter la cour, ne pas déplaire à la ville.

0 qu'il est plus doux mille fois De consacrer son harmonie k la tendre amitié dont le saint nœud nous lie !

1. Voir page 39, note 2. — Ce conseiller au parlement de Rouen, poêle à ses heures, s'était rappelé au souvenir de Voltaire en lui envoyant, assez mal à propos, de nouveaux vers de sa façon.

2. Au commencement de janvier, Voltaire, quittant Paris, était allé s'établir à Versailles, à l'hôtel de Villeroy, pour préparer, par ses conseils, la "représentation de la Princesse de Navarre, et pour se mettre d'accord avec Rameau, qui avait fait la musique des divertissements et des ballets entremêlés dans la pièce.

3. L'électeur de Bavière que la France avait fait élire Empereur sous le nom de Charles VII, pour l'opposer à Marie-Thérèse, était mort le 20 janvier 1745. — Il y eut, dans l'origine, quatre électeurs, après la mort de Conrad I", quand l'empire devint électif, en 919; c'étaient : les ducs de Saxe, de Bavière, de Franconie et de Souabe. Les trois archevêques de Mayence, de Cologne et de Trêves se réunissant aux précédents, élevèrent ce nombre à sept, sous Othon I''\ La Bulle d'or de Charles IV en 1356 confirma ce nombre. Un huitième électorat fut créé par le traité de Westphalie (1648), en faveur du Palatin

Frédéric V. L'Empereur Léopold en créa un neuvième (1692) en faveur do duc de Brunswick-Lunebourg. Il y avait donc neuf électeurs en 1745. En 1777, ce nombre fut réduit à huit par la réunion de l'électorat du Palatinat à celui de Bavière. — Le 13 septembre 1745, l'époux de Marie-Thérèse d'Autriche fut élu empereur, sous le nom de François I".

4. Marie-Thérèse d'Espagne, qui épousait le Dauphin, né en 1729 ; elle mourut en 1746; cette princesse, délicate et taciturne, goûta peu les divertissements qu'on lui avait préparés : a II m'a paru, dit-elle, qu'il y avait (dans la comédie-ballet,) bien des plaisanteries et des expressions plates. » Leduc de Luynes, dans ses Mémoires, juge de même la pièce de Voltaire, tout en y reconnaissant R de fort beaux vers et des caractères bien soutenus. » (T. VI, p. 320.) Barbier prétend que « la pièce avait paru longue, ennuyeuse et mauvaise, n (T. IV, p. 1 6.) La vérité est que, malgré certaines critiques portant sur des détails, le spectacle réussit. « Mon ouvrage est décent, écrivait le soir même Voltaire ; il a plu sans être flatteur. Le roi m'en sait gré... Que me faut-il de plus?» (Lettre du 25 février 1745.)

iT2 LETTRES CHOISIES

Qu'il vaut mieux obéir aux lois De son cœur et de son génie, Que de travailler pour des rois!

Bonjour, mon cher et ancien ami ; je cours àParis pour une répétition, je reviens pour une décoration *. Je vous attends pour me consoler et pour méjuger. Que n'êtesvous venu pour m'aider! Adieu; je vous aime autant que j'écris peu.

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