LETTRE LXXV. — A W. DUCLOS
Avril 1745.
J'en ai déjà lu cent cinquaaLc pa^^cs'^ ; mais il l'aul sortir pour souper ; je m'arrête à ces mots :
(( Ce brave Huniade Corvin% surnommé la terreur des Turcs^ avait été le défenseur de la Hongrie, dont Ladislas n'avait été que le roi. »
Courage ; il n'appartient qu'aux philosophes d'écrire l'histoire. En vous remerciant bien tendiement, monsieur, d'un présent qui m'est bien cher, etqui mêle serait quand môme vous ne me le seriez pas. Je passe à votre porte pour vous dire combien je vous aime, combien je vous estime, et à quel point je vous suis obligé ; et je
\. La Princesse de Navarre, mélange d'opéra, de tragédie et de comédie, fut jouée le 25 février, non dans la salle de spectacle du château, qui ne fut terminée qu'en 1770, mais dans une salie construite au milieu du manège couvert de la grande écurie. On peut en voir la description dans le Mercure de février et d'avril 1745, p. 84-114; 147, etc. — Desnoiresterres, t. II,p. 434-443.
2. Né en 1704, mort en 1772. Cette Histoire de Louis XI, qui parut en 1745, commença sa réputation.
Nommé historiograplie de France lorsque Voltaire partit pour la Prusse, il composa des Mémoires secrets sur les règnes de Louis XI Y et de Louis X \. On a de lui, aussi, des Considérations sur les mœurs. Tous ces ouvrages sont écrits d'un style net et précis, mais sec, et le fond en est assez médiocre.
Très loué de son vivant, Duclos, bon écrivain, causeur spirituel et incisif, à la fois courtisan et philosophe, a beaucoup baissé dans l'estime des hommes et dans l'opinion de l'histoire, après sa mort.