‹ Lettres choisiesChapitre 16 sur 456 · LETTRE Y. — - A M. DE LA PAIE · texte numérisé non relu

LETTRE Y. — - A M. DE LA PAIE

Sullî, 47IC-

La Faie s, ami de tout le monde, Qui savez le secret charmant

1. Il s'agit à'Œdipe, auquel Voltaire travaillait dès 1714. — Le souper, au dix-huitième siècle, était le repas principal, celui où les « honnêtes gens » s'invitaient et se réunissaient le plus volontiers pour se divertir et causer. Il avait lieu à dix heures et se prolongeait parfois fort avant dans la nuit. On s'y entretenait des nouvelles du jour, de la pièce en vogue, de l'auteur en renom ; on y lisait des vers inédits; l'esprit y déployait sa verve et prenait tous les tons. Un habitué du salon de M™« de De'î'and disait un jour, en riant, à la spirituelle marquise : « Le souper est une des quatre fins de l'homme; je ne me rappelle pas bien quelles sont les trois autres, v (Edit. Sainte-Aulaire, t. I, p. lyii). C'est dans les soupers de la régence que VŒdipe de Voltaire, avant de paraître sur la scène, fut lu, commenté, applaudi et corrigé.

2. Socrate donnait ses leçons surtout en se promenant; toutefois, dans

le Phédon, Platon nous le montre assis sur son lit, et détachant la chaîne rivée à ses jambes, au moment où il explique, avant de mourir, l'immortalité de l'âme à ses disciples.

3. Cette pièce, écrite en vers alexandrins, est, en effet, de 1716.

4. La société du Temple se piquait d'indépendance à l'égard du pouvoir.

A la fin du règne de Louis XIV elle avait fait de l'opposition, non sans danger.

5. Auteur de poésies qui ne manquent ni de naturel, ni de délicatesse. La Faie, dont Voltaire a dit (I qu'il avait reçu deux présents des dieux, le talent *de plaire et le secret d'être heureux, » était l'ami de la Motte, sans partager ses opinions litraires. Il a fait une belle ode sur les Aoantages de la rime; ce sont à peu près les seuls vers qu'on cite de lui aujourd'hui. Né en itj74, il mourut en

De réjouir également Le philosophe, l'ignorant, Le galant à perruque blonde; Vous qui rimez^ comrae Ferrand ', Des madrigaux, des épigrammes, Oui chantez d'amoureuses flammes Sur votre luth tendre et galant; Et qui même assez hardiment Osâtes prendre votre place Auprès de Malherbe et d'Horace, Quand vous alliez sur le Parnasse Par le café de la Laurent 2.

Je voiidi ais bien aller aussi au Parnasse, moi qui vous parle; j'aime les vers à la fureur ; mais j'ai un petit malheur, c'est que j'en fais de détestables ; et j'ai le plaisir de jeter tous les soirs au feu tout ce que j'ai barbouillé dans la journée.

Parfois, je lis une belle strophe de votre ami M. de La Motte^ et puis je me dis tout bas : « Petit misérable, quand f( ras-tu quelque chose d'aussi bien ? » Le moment d'après, c'est une strophe peu harmonieuse et un peu obscure, et je me dis : « Gardes-toi d'en faire autant. » Je tombe sur un psaume ou sur une épi gramme ordurière de Rousseau*;

1. Ferrand (Antoine), conseiller à la Cour des aides de Paris, auteur d'épigrammes et de poésies légères qui ont été imprimées en 1738, à Londreij, sous ce titre : Pièces libres de M. Fert-and. Ce volume a été réimprimé en 1744, 174o, 1700 et 1762. Ferrand mourut en 1719.

2. 1 Le café de la veuve Laurent était le rendez-vous de tous les auteurs, f (Mémoires du président Hénault, p. 29). En 17lo on comptait environ trois cents cafés dans Paris; quelques-uns sur la rive gauche étaient particulièrement fréquentés par les gens de lettres : le café de la veuve Laurent, situé rue Dauphine, le café Procope, en face de la Comédie française et qui existe encore rue de f'Ancienne comédie, le café Gradot, sur le quai de l'Ecole, le cabaret du restaurateur Landelle , carrefour Bussy, où prit naissance la société des chansonniers du Caveau.

Page 1