La Motte- Iloudar, auteur d'opé
ras, de comédies, de tragédies et d'églogues, versificateur fécond à qui manquait le sentiment de la poésie, était le (;hef du parti des modernes et le plus habile adversaire du parti des anciens. H traduisit l'Iliade en vers.
Sa prose ingénieuse et paradoxale vaut mieux que ses poésies. 11 était alors l'une des autorités de la littérature et de l'Académie. Né en 1672, il mourut en 1731.
4. J.-B. Rousseau, déjà célèbre par ses odes, ses épilres, ses épigrammes et ses alIé;rories, avait tout récemment quitté la France à la suite du scandale provoqué en 171 1 par des couplets obscènes et calomnieux, dirigés contre La Motte et Saurin, et qu'on lui imputa. Un arrêt du parlement, en 1712, le bannit à perpétuité. Né en 1670, il mourut à Bruxelles en 1741. —Les comédies de Rousseau, le Café, le Flatteur, le Capricieux, n'eurent aucun succès ; ses opéras, Jason ou la l'oison d'or, Vénus et Adonis ne réussirent pas davantage.
cela éveille mon odorat ; je veux lire ses autres ouvrages, mais le livre me tombe des mains. Je vois des comédies à la glace , des opéras fort au-dessous de ceux de l'abbé Pic, une épître au comte d'Ayen, qui est à faire vomir, un petit voyage de Rouen fort insipide, une ode à M. Duché ^ fort au-dessous de tout cela ; mais, ce qui me révolte et ce qui m'indigne, c'est le mauvais cœur qui perce à chaque ligne. J'ai lu son épître à MaroL% où il y a de très beaux morceaux; mais je crois y voir plutôt un enragé qu'un poète. Il n'est pas inspiré, il est possédé : il reproche à l'un sa prison; à l'autre, sa vieillesse : il appelle celui-ci athée; celui-là maroufle. Où donc est le mérite de dire en vers de cinq pieds des injures si grossières? Ce n'était pas ainsi qu'en usait iM. Despréaux, quand il se jouait aux dépens des mauvais auteurs : aussi son style était doux et coulant ; mais celui de Rousseau me paraît inégal, recherché, plus violent que vif, et teint, si j'ose m'exprimer ainsi , de la bile qui le dévore. Peut-on souffrir qu'en parlant de M. de Crébillon% il dise'qu'il vient de sa griffe Apollon moleste?' ?
Quels vers que ceux-ci :
Ce linieur si sucré Devient amer, quand le cerveau lui tinte, Plus qu'aloès ni jus de coloquinte !
De plus , toute cette épître roule sur un raisonnement
1. Valet de chambre de Louis XIV, élève de Pavillon, ami de J.-B. Rousseau, Duché rima d'abord des Histoires édifiantes, des Hymnes et des Cantiques pour Saint-Cyr; il fit trois tragédies saintes, Absalon, Jonathus et Débora, enfin plusieurs opéras, dont un seul, Iphigénie en Tauride, eut du succès, il était mort en 1704.
2. Clément Marot (149o-lo44). dont Boileau et La Bruyère ont si justement loué a l'élégant badinape. >- Ses épîtres, ses contes, ses ballades, ses épigrammes n'ont rien perdu, même aujourd'hui, de leur grâce et de leur piquant.