‹ Lettres choisiesChapitre 18 sur 456 · Crébillon, né à Dijon en · texte numérisé non relu

Crébillon, né à Dijon en

avait donné au théâtre plusieurs tragédies depuis 1703 : Idoménée, Atrée et TInjeste, Electre, Rhadamiste et Zénobie, Xerxès. C'était, avant que Voltaire eût paru, le plus digne héritier de Corneille et de Racine. Trois de ses pièces, remarquables par des situations pathétiques et terribles, avaient fait la plus vive impression et rendu son nom célèbre. Un temps vint où les succès éclatants de Voltaire provoquèrent, entre les deux poètes, une rivalité qui ne fut pas exempte de jalousie : pour mieux démontrer sa supériorité, Voltaire refit plusieurs pièces de son rival, entre autres, Catilina, Electre, Sémiramis.

Crébillon vécut jusqu'en 1762.

faux; il veut prouver que tout homme d'esprit est honnête homme, et que tout sot est fripon; mais ne serait-il pas la preuve trop évidente du contraire, si pourtant c'est véritablement de l'esprit que le seul talent de la versification? Je m'en rapporte à vous et à tout Paris. Rousseau ne passe point pour avoir d'autre mérite ; il écrit si mal en prose que son factum ^ est une des pièces qui ont servi à le faire condamner. Au contraire, celui de M. Saurin^ est un chef-d'œuvre :

.... Et quid facundia posset Tum patuit^....

Enfin voulez-vous que je vous dise franchement mon petit sentiment sur MM. de La Motte et Rousseau? M. de La Motte pense beaucoup, et ne travaille pas assez ses vers ; Rousseau ne pense guère, mais il travaille ses vers beaucoup mieux. Le point serait de trouver un poète qui pensât comme La Motte, et qui écrivît comme Rousseau (quand Rousseau écrit bien, s'entend) ; mais

Pauci, quos œquus amavit Jnppiter, aut ardens evexit ad œthera virtus, Dis geniti, potiiere*

J'ai bien envie de revenir bientôt souper avec vous et raisonner de belles-lettres : je commence à m 'ennuyer beaucoup ici . Or il faut que je vous dise ce que c'est que l'ennui :

Car vous qui toujours le chassez, Vous pourriez l'iguorer peut-être :

Trop heureux si ces vers à la hâte tracés. Ne l'ont pas déjà fait connaître!

C'est un gros dieu lourd et pesant

1. Le factum récemment publié par Rousseau, pour sa défense, dans l'affaire des couplets. — Factum, « exposé des faits d'un procès. » On dit aujourd'hui, dans le mèraesens, «un mémoire. »

i. Saurin (Joseph), protestant converti par Bossuet eo 1090, savant

géomètre, membre de l'Académie des sciences. Accusé par Uousseau, son ennemi, d'être l'auteur des couplets, il subit six mois de prison et se justlQa. Né en 1G59, il mourut en 1737.

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