‹ Lettres choisiesChapitre 189 sur 456 · V. page 134, note · texte numérisé non relu

V. page 134, note

3. Voltaire, qui songeait à terminer \ Histoire de la guerre de 1741, com-

mencée par lui en 1746, avait prié le duc de Richelieu (Lettre du 14 mars 1751) « de lui envoyer un petit précis, en deux pages, de ce qu'il avait fait à Gènes de plus digne d'orner une histoire.» Hichelieii envoya trente-deux pages. Le duc, nommé ambassadeur à Gènes en 1748, vers la fin de la guerre, avait protégé cette ville contre une attaque des Autrichiens. Il reçut, en récompense, le bâton de maréchal de France, legouvernemenlde la Guienne et de la Gascogne, et les Génois lui élevèrent une statue.

4. Figures chinoises, l'une des modes du luxe des grands seigneurs en ce temps-là.

5. En 1746 et 1747, sous le ministère du marquis d'Argenson, Voltaire avait consulté, dans les bureaux de la guerre et des affaires étrangères, les documents originaux et les papiers d'Elnt. 11 avait entrepris ce travail pour remplir son office d'historiographe du roi.

dans l'Europe aussi bien au fait que moi de l'tiistoire de la dernière guerre. C'est là qu'il est permis d'entrer dans les détails, parce qu'il s'.igit d'une histoire particulière; mais ces détails demandent un très grand art. Il est difficile de conserver un événement particulier dans la foule de toutes ces révolutions qui bouleversent la terre. Tant de projets, tant de ligues, tant de guerres, tant de batailles se succèdent les unes aux autres, qu'au bout d'un siècle, ce qui paraissait dans son temps si grand, si important, si unique, fait place à des événements nouveaux qui occupent les hommes et qui laissent les précédents dans l'oubli. Tout s'engloutit dans cette immensité, tout devient enfin un point sur la carte, et les opérations de la guerre causent, à la longue, autant d'ennui * qu'elles ont donné d'inquiétude quand la destinée d'un Etat dépendait d'elles.

Si je croyais pouvoir jeter quelque intérêt sur cet amas et sur cette complication de faits, je me vanterais d'être venu à bout du plus difficile de mes ouvrages ; mais, ce qui me rend cette tâche plus agréable et plus aisée, c'est le plaisir de parler souvent de vous. Mon monument de papier ne vaudra pas le monument de marbre^ que vous savez. Nous verrons cependant qui vous aura fait plus ressemblant, du sculpteur ou de moi. Si M. le maréchal de Noailles ' était aussi complaisant et aussi laborieux que vous, s'il daignait achever ce qu'il entreprend d'abord avec vivacité, le Siècle de Louis XIV en vaudrait mieux.

Je ne sais si vous savez que ce Siècle était une tuile d'une Histoire générale que j'ai composée, depuis Charlemagne jusqu'à nos jours ^ On m'a volé une partie de

1. Lorsqu'elles sont décrites avec compétence elles intéressent toujours les lecteurs sérieux et instruisent les gens du métier.

2. La statue du maréchal-duc, placée dans le palais du Sénat de Gènes.

Page 1