Il y a ici comme un rapide souvenir d'Horace
Non incisa notis marmora nnblicip, Pcr qnœ sj.irilus ot viln redit bonis
Po?t mnrtem ducibus, chii-iiis indicaat Laudes ipiam Galabrœ Piérides.
{Odes, IV, vu, 1*.)
4. Voltaire Tavait consulté pour certains chapitres du Siècle de Louis XI V. Né en 1678, le duc de Noailles avait servi avec distinction, de 1701 à 1712, en Espagne, sous Vendôme, il reprit du service en 1733, et gagna le bâton de maréchal au siège de Vin-
cet ouvrage et tout ce qui regardait les arts ^ Louis XIV m'est resté. Mais une première édilion n'est qu'un essaie Quoiqu'il y ait dix fois plus de choses utiles et intéressantes dans ces deux petits volumes que dans toutes les histoires immenses et ennuyeuses de Louis XIV, cependant je sais hien qu'il manque beaucoup de traits à ce tableau. J'ai fait des péchés d'omission et de commission \ Plusieurs personnes instruites ont bien voulu me communiquer des lumières; j'en profite tous les jours *. Voilà pourquoi je n'ai point voulu que l'édition faite à Berlin, ni celles que l'on a faites sur-le-champ, en conformité, en Hollande et à Londres % entrassent dans Paris. Je suis dans la nécessité d'en faire une nouvelle, que mon libraire de Leipsick a déjà commencée ^ Si M. le maréchal de Noailles n'a pas la bonté de faire
lipsbourg ; battu en 1743 à Dettingen, il eut ce grand mérite de discerner les talents supérieurs de Maurice de Saxe et de presser le roi de lui confier le commandement suprême et la direction des opérations. A ce choix sont dus les succès qui, de 1745 à 1748, terminèrent glorieusement une guerre dillicilement commencée. — Le maréchal de Noailles mourut en 17G6.
1. a II y a quinze ans qne je formai ce plan d'Histoire universelle depuis Charlemagne, pour ma propre instruction, moins dans Tintention de me faire une chronologie, que de suivre l'esprit de chaque siècle. Je me proposais de m'instruire des mœurs des hommes, plutôt que des naissances, des mariages, et des pompes funèbres des rois. Le Siècle de Louis XJV terminait l'ouvrage. J'ai perdu dans mes voyages tout ce qui regarde l'histoire générale depuis Philippe second et ses contemporains jusqu'à Louis XV, el toute la partie qui concernait le progrès des arts depuis Gharlemagne et Aaron Raschild, c'est surtout celte partie que je regrette. *{Au rédacteur de la bibliothèque impartiale, lettre du 5 juin 1752.) — On reconnaît ici les origines de l'Essai sur les mœurs et l'esprit des nations qui fut ébauché à Cirey et qui parut en 1757.
2. 1 Je m'occupe à une seconde édition, beaucoup plus ample et beaucoup plus curieuse que la précédente, purgée de toutes les fautes, etc. a Hcs-
ternus error, hodiernus magister. »
(Lettre à Darget, 29 avril 1752.)
3. Commission (du latin committere commettre) ; péché d'aca'o«, opposé à péché domission. — Termes du style théologique.
4. Voltaire avait sollicité Tavis et discuté les observations du président Hénault, du comte d'Argenson, du maréchal de Noailles, de WM. de Meinières, de Foncemagne, Beausobre, de la Condamine, Secousse, de tous les personnages du monde politique ou du monde savant qui pouvaient lui fournir de nouveaux éclaircissements.
« Quoique j'aie passé trente années à m'instruire des faits principaux qui regardent ce règne, écrivait-il au rédacteur du journal de Francfort, je pense avoir fait, comme dit Bayle, Ijien des péchés d'omission et de commission. Tout homme de lettres qui s'intéresse à la vérité et à la gloire de ce beau siècle, doit m'honorer de ses lumières. » (Lettre du 17 octobre 1752, à M. Roques.) — « Il faudrait que tout bon Français contribuât à la perfection d'un terouvrage. » (Lettre à d'Argental, 3 mai 1752.)
5. « Tous les libraires de l'Europe >e disputent l'impression de ce Siècle; pour comble d'embarras, on s'empresse de le traduire, avant que je l'aie corrigé. » (Lettre du 3 avril Î752.)
6. Cette seconde édition du Siâcle, faite à Leipsick, parut en cette même année 1752.
un petit effort, cette édition sera encore imparfaite.
Je n'ose vous proposer, monseigneur, de vous enfermer une heure ou deux pour m'instruire des choses dont vous pourriez vous souvenir: vous rendriez service à la patrie et à la vérité. Ce motif sera plus puissant que mes prières. Je ferais sur-le-champ usage de vos remarques. Ma nièce doit avoir à présent deux exemplaires chargés de corrections à la main ; je voudrais que vous eussiez le temps et la bonté d'en examiner un. Votre lettre de trente-deux pages me fait voir de quoi vous êtes capable, et m'enhardit auprès de vous. Il me semble que ce serait employer dignement une heure du loisir oii vous êtes. S'il y avait quelque guerre, je ne vous ferais pas de pareilles propositions ; je me flatte bien qu'alors vous n'auriez pas de loisir et que vous commanderiez nos armées.
Dans ce siècle, que j'ai tâché de peindre, c'était un Français *, dont vous fûtes l'élève, qui fit heureusement la guerre et la paix. Je suis très persuadé qu'avec vous la France n'a pas besoin d'étrangers pour faire l'une et l'autre. Qui donc a, dans un plus haut degré que vous, le talent de décider à propos et de faire des manœuvres hardies, talent qui a fait la gloire du prince Eugène ^, que vous avez tant connu? Qui ferait la guerre avec plus de vivacité, et la paix avec plus de hauteur? Quel officier, en France, a plus d'esprit que vous? et l'esprit, s'il vous plaît, ne sert-il à rien ? Mais il n'y a guère d'apparence que vos talents soient sitôt mis à l'œuvre ; l'Europe est trop armée pour faire la guerre. S'il arrive pourtant que le diable brouille les cartes, et que le bon génie de la France conduise nos affaires par vous, il n'y a pas d'apparence que je sois alors votre historien. Je suis dans un état à ne devoir pas compter sur la vie; vous serez peut-
1. Le maréchal de Villars, vainqueur à Denain en 1712, fat un des négociateurs de la paix de Rastadten 1714.
Richelieu, né en 1696 lit ses premières armes en 1712 sous le maréchal de Villars dont il était Tua des aides-decamp.
2. Voyez page 17, note 2. — Richelieu, en 1723, avait été nommé ambassadeur à Vienne, où se reposait après ses glorieuses campagnes et où mourut en 1736 le prince Eugène.
L'Ire surpris que, dans cet état, je fasse des Siècle, et des Histoire de la guerre de 1741 *, et des Rome sauvée ^^ et autres bagatelles ; mais c'est que j'ai tout mon temps à moi; c'est que, dans une cour, je n'ai pas la moindre cour à faire, et, auprès d'un roi, pas le moindre devoir à remplir. Je visa Potsdam comme vous m'avez vu vivre à Cirey, k cela près que je n'ai point charge d'âmes dans mon bénéfice. La vie de château est celle qui convient le mieux à un malade et à un griffonneur. Ily a bien loin de ma tranquille cellule du château de Potsdam au voyage de Naples et de Rome ^; cependant, s'il est vrai que vous vous donniez ce petit plaisir, je vous jure que je viendrai vous trouver.
11 est vrai que mon extrême curiosité, que je n'ai jamais satisfaite sur l'Italie, et ma santé, me font continuellement penser à ce voyage, qui serait, d'ailleurs, très court; mais je vous jure, monseigneur, que j'ai beaucoup plus d'envie de vous faire ma cour que de voir la ville souterraine *. Je me suis cru quelquefois sur le point de mourir ; mon plus grand regret était de n'avoir point eu la consolation de vous revoir. 11 me semble qu'après trente-cinq ans d'attachement , je ne devais pas être réservé à*^ mourir si loin de vous. La destinée en a ordonné autrement. Nous sommes des ballons que la main du sort pousse aveuglément et d'une manière irrésistible; nous faisons deux ou trois bonds, les uns sur du marbre, les autres sur du fumier, et puis nous sommes anéantis à jamais. Tout bien calculé, voilà notre lot ^.
1. » Je m'occupe de la gloire de Lonis XV, npic-i avoir mis Louis XIV dans son cadre. Il me jiaraît que jen)érilcrais assez une cii.ir;^o de trorniiclle des roià de France. J'ai sonné à ni'époumoimer pour Henri IV, Louis XIV et Louis XV, et je n"en ai qu'une fluxion de poitrine sur les bords de la Spréc. » (Lcllre du 14 mars 1752.)