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V. page 207, note

2. Maupertuis, dont il a déjà été question (V. pages 78 et 200, note 1), était établi et marié à Berlin, depuis ITi'i.Il y avait le titre de Président de

l'Académie des sciences et une pension de quinze mille livres. Ce n'était pas seulement un savant géomètre; il était aussi homme d'esprit et de bonne com[.agnie.« l\ est né avec beaucoup d'esprit avec des talents », a dit de lui Voltaire, et l'on peut en croire le témoignage d'unteladversaire. (Lettre du 3 mars 1754.) Une jalousie réciproque, des aspérités de caractère et

tement courir le bruit que je trouvais les ouvrages du roi fort mauvais; il m'accuse de conspirer contre une puissance dangereuse, qui est l'amour-propre ; il débite sourdement que le roi m'ayant envoyé de ses vers à corriger, j'avais répondu : « Ne se lassera-t-il point de m'envoyer son linge sale à blanchir? » Il tient cet étrange discours à l'oreille de dix ou douze personnes, en leur recommandant bien à toutes le secret. Enfin je crois m'apercevoir que le roi a été à la fin dans la confidence. Je ne fais que m'en douter; je ne peux m'éclaircir*. Ce n'est pas là une situation bien agréable; mais ce n'est pas tout.

Il arriva ici, sur la fin de l'année passée, un jeune homme, nommé La Beaumelle% qui est, je crois, de Genève, et qui est renvoyé de Copenhague, où il était moitié prédicateur, moitié bel esprits 11 est auteur d'un livre intitulé : Mes Pensées'* ; livre où il dit librement son avis

des vivacités de langage, dont les torts furent sans doute partagés, brouillèrent les deux hôtes illustres de Frédéric.

Cette querelle, qui couva longtemps, éclata au printemps de 17o2. « L'envie de plaire n'entre pas dans ses mesures géométriques », écrivait Voltaire le 14 mars. Signalant, le 22 mai, les débuts de la controverse de Maupertuis et de Kœnig, il ajoutait : « Il me porte tous les coups fourrés qu'il peut, et j'ai peur qu'il ne me fasse plus de tort qu'à Kœnig. »

1. Obtenir un éclaircissement, une certitude sur cette affaire. — « Il y a des gens fort alertes pour s'éclaircir des soupçons qu'ils ont sur certaines choses. » (M""® de Sévigné t. III, iOi.) On dit aussi « s'éclaircir avec quelqu'un», avoir une explication :

Allez avec César vous éclaircir du moins. (Britannicus, a. I, s. i.)

2. Laurent Angliviel de la Beaumclle, né à Vallerangue (Gard) en 1726 d"une famille protestante, passa quelques années de sa jeunesse à Genève, et de là, partit pour le Danemark (1747) en qualité de précepteur du fils du baron de Gram. Il essaya de fonder, à Copenhague quelques recueils littéraires périodiques et d'y

ivrir un cours de langue et de littéture françaises; il y publia (1750) un

livre intitulé Mes pensées ou, Qu'en dira-t-on? Cet ouvrage, où il y a de la verve, du trait et du mordant, au milieu d'un fatras ridicule, ne passa pas inaperçu : quelques bons juges en France" le remarquèrent. Il -s^nt à Potsdam, le i" novembre 1731, pour y tenter la fortune, s'attacha à Maupertuis dont le crédit semblait plus solide, et fit scandale par les procédés insolents qu'il se permit envers Voltaire dont la faveur déclinait.

Quelques aventures ridicules le forcèrent à s'éloigner en mai 1752. Il se rejidit à Gotha, avec l'idée bien arrêtée de publier ses observations critiques sur le Siècle de Louis A'/Vqui selun lui, était « plein de pauvretés, de fautes, et d'esprit, i — Desnoiresterres, t. IV, p. 215-246.

3. « Je le pris pour un grave personnage, d'autant plus qu'il avait prêché ; mais, quinze jours après, mon prédicateur arriva avec un plumet à Potsdam. » (Lettre à d'Argental, 18 octobre 1752.)

4. B Plus de la moitié de ce livre est excellente, un quart médiocre, l'autre mauvais. » (D'Argcnson, Mémoires, t. IV p. 70-71. édit. Janet.) — « Il y a un ou deux chapitres qu'oQ croirait du président de Montesquieu, et beaucoup plus qu'on soupçonnerait d'être de son laquais. » (Abbé de Voisenon, t. IV p. i'6<i.)

Lr,TTRES CHOISIES

sur loiiles les puissances de l'Europe. Mauperluis, avec saLonté ordinaire, et sans y entendre malice, alla persuader h. ce jeune homme que j'avais dit au roi du mal de son livre et de sa personne * , et que je l'avais empêché d'entrer au service de sa Majesté. Aussitôt ce La Beaumelle, pour réparer le tort prétendu que j'ai fait à sa fortune, a préparé des notes scandaleuses pour le Siècle de Louis XI F% qu'il va faire imprimer je ne sais oii ; ceux qui ont vu ces belles notes disent qu'il y a autant de sottises que de mots.

Quant à la querelle de Maupertuis et de Kœiiig% en voici le sujet :

Ce Kœnig est amoureux d'un problème de géométrie*, comme les anciens paladins de leurs dames^. 11 fit, l'année passée, le voyage de La Haye à Berlin, uniquement pour aller conférer avec Maupertuis sur une formule d'algèbre, et sur une loi de la nalure dont vous ne vous souciez guèr<j^ Il lui montra deux lettres d'un vieux philosophe

1. Voltaire y était apprécié, et il ne fut pas content, dit la Beaumelle, de rapprécialion. On y lisait, par e.\emi>!e cette phrase : « Il n'y eut jamais de poète aii«si bien récompensé que Voltaire. » La Beaumelle avoua plus tard à la Harpe (en 1772) qu'il avait eu les iiremiers torts avec Voltaire. {Corresp. Uttér. de la Harpe, t. I, p. ii40-241.)

2. La Beaumelle posi^édait un recueil manuscrit des Lettres de M°" de Mainletwn qu'il avait acheté (disait-il) I>our deux <ents louis à Racine le fils. Il se faisait fort de prouver, à l'aide de ces documents originaux, que l'auteur du Siècle s'était trompé sur une partie importante du rè^'ne et de la politique de Louis XIV. Ces menaces inquiétèrent Voltaire qui essaya, mais vainement, d'adoucir le ressentiment de la Beaumelle et de se réconcilier avec le possesseur du précieux manuscrit. La Beaumelle publia en 17b3 à Francfort (cliez Eslinj,'er et Knoc'.i), une contrefaçon du Siècle avec ses iVo/es.- coite publicationjustifiaVolt.iire en prouvant qu'il avait bien jugé l'influence de M"" de Maintenon sur les affaires de France. Aussi, dans les éditions poslérieuies à 1753, put-il se j-cndre avec une joie visible ce tcnnoi-

gnage : o Je ne me suis i)as tiompé sur le caractère de cette personne si singulière. Ses lettres sont la preuve que je n'ai rien avancé dont je ne fusse instruit, et de mon amour pour la vérité. H s'est trouvé que M""» de Maintenon avait signé par avance to.it ce que j'avais dit d'elle. »

[Supplément an Sièc'e de Louis XIV.)

— La Beaumelle mourut en 1773.

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