VI INTRODUCTION
diiit, captive, agite la société contemporaine ne lui demeure étranger et ne le laisse indilférent ; sa prompte et souple intelligence s'intéresse à toutes les questions, prend feu pour toutes les nobles causes ; il intervient, à son heure, il dit son mot, il met sa marque et son empreinte sur la nouveauté en crédit, sur l'événement en cours d'exécution, sur l'entreprise annoncée et le progrès commencé. Il n'est aucun homme supérieur, dans aucune carrière, pas un esprit doué de hardiesse et d'invention, en quelque genre que ce soit, qui n'ambitionne d'entrer en commerce avec lui, d'approcher son génie du sien, pour y puiser la confiance, la lumière et l'autorité.
C'est ainsi qu'en se dévouant, en se prodiguant sans mesure et sans fin il a conquis l'empire et régné sur le siècle ; sa puissance est devenue universelle, parce que son activiié, à toutes les époques de sa vie, avait été sans bornes. «Je ne sors point d'étonnement de tout ce que je sais de vous, lui disait encore, avec son bon sens pénétrant et sa légère moquerie, la célèbre marquise déjà citée plus haut ; vous renversez toutes mes opinions sur la philosophie. J'avais cru jusqu'à présent qu'elle consistait à détruire toutes les passions ; vous me faites penser aujourd'hui qu'il faut les avoir toutes, et qu'il ne s'agit que de bien remplir leurs objets*.» Ces formes variées, et toujours brillantes, de l'activité de Voltaire se produisent tour à tour ou à la fois dans la succession rapide et l'improvisation renaissante de sa correspondance ; elles viennent s'y mêler, s'y heurter, avec le piquant de l'imprévu et du contraste, avec l'ardeur sincère, et souvent emportée, du premier mouvemeni. « Noi î voyons là, dit M. Saint-Marc Girardin, tel que nous le connaissons, et tel que nous l'aimons, s'occupant à la fois de litlératurc et de politique, de ses tragédies et de ses alfaires, de sa manufacture de montres à Ferney et des Galas ou des Sirven à défendre, de ses maisons de campagne et de la guerre de Sept ans à finir, de ses contes en vers ou eu prose, et du ministère de M. Turgot. Son esprit est applicable et appliqué à tout avec succès et avec grâce. Ce don de réussir et de faire servir* l'agrément de l'esprit aux plus sérieux desseins de la raison humaine. Voltaire l'a jusqu'à la fin de sa vie, et l'a aussi .ries le commencement ^. » 'Sr
Un monument historique d'un tel prix est en même temps un modèle accompli des quahtés les plus françaises de la langue et du génie de notre pays. Comme l'a remarqué M. Nisard, ce qu'on a dit de Voltaire poète « qu'il est le plus poète où il met le plus de sa personne », est encore plus vrai de Voltaire prosateur, dans cette correspondance, qui est comme sa chronique