A MADEMOISELLE
crélaircs de m'envoyer les bulletins ; mais si vous pouviez me faire cette faveur, vous ne pouvez assurément en honorer personne plus intéressé à vos succès*.
Permettez que les deux Suisses vous présentent leur tendre respect.
^ .lu"' \ v-^ v Afl2LDéIice9, près de Genève, 20 juin 1756. ^ - . ~ '
Je ne suis, mademoiselle, qu'un vieux malade, et il faut que mon état soit bien douloureux puisque je n'ai pu répondre plus tôt à la lettre dont vous m'honorez, et que je ne vous envoie que de la prose pour vos jolis vers. Vous me demandez des conseils, il ne vous en faut point d'autre que voire goût. L'étude que vous avez faite de la langue italienne doit encore fortifier ce goût avec lequel vous êtes née, et que personne ne peut donner. Le Tasse
^'t l'Arioste vous rendront plus de services que môîTëTta lëclûre de nos meillèïïrs""puètïïr\^aut mieux que tôutesles leçons ;ma.iSy puisque vous daignëz~iie~ErîC)m mè~con-
"^^ûîtërTIé vous invite à ne lire que les mivra.ges qui sont
^^dep^îsTongtemps en possession des suffrages^u pûblic, et dont laréputatrôn^est jDoint jèquivôquèT II y en a peu,
"nîàîs~mi profile Ijien davantage en les lisant, qu'avec tous les mauvais petits livres dont nous sommes inondés.jLes
Jjons auteurs n'ont de l'esprit qu'autant qiill enj^auf^lie lel^êcEerctrcnt^^arnaîsTJ^ sens^ et^'expri-
^^rmnitrTtvec' clarté, ir^semble qu'on irécHve plus qu'en éTiîgnTiîs7Kien n'est simple, tout est affecté; on s'éloigne en tout de la nature, on a le malheur de vouloir mieux faire que nos maîtres ^
1. La fl')tte anglaise, commandée par l'amiral Byiig, fut repoussce le ÏOmai. Lefortayantcapilulé le 27 juin, le duc de Fronsac, chargé den porter la nouvelle, arriva à Compiègne, où était la cour, le 10 juillet à deux heures du matin. Le 14 au soir, pondant que la comtesse d'Egmont, fille du maréchal duc de Richelieu, élait à la comédie italienne, un valet de chambre entra dans sa loge et lui an-
nonça la prochaine arrivée du comte, avec les articles de la capitulation. Le public, témoin de l'émotion de la comtesse, applaudit et chanta en chœur des couplets improvisés en l'honneur du maréchal victorieux.
t. Fénelon, dans la Lettre à l'Aca demie, avait déjà signale ces éternels défauts de la médiocrité prétentieuse et nous avons plus d'une fois remarqué que ses réflexious sont d'accord
Tenez- vous-en, mademoiselle, à tout ce qui plaît en eux. La moindre affeclation est un vice *. Les Italiens n'ont dégénéré, après le Tasse et l'Ariosle^ que parce qu'ils ont voulu avoir trop d'esprit ; et les Français sont dans le même cas. Voyez avec quel naturel M""® de Sévigné et d'autres dames écrivent ^; comparez ce style avec les jihrases entortillées de nos petits romans; je vous cite les héroïnes de votre sexe, parce que vous me paraissez faite pour leur ressembler. Il y a des pièces de ^1°^° Deslioulières* qu'aucun auleuinle^rTOtrjoiiTS'Tiiî pourrait égaler ^ Si vous v"ouiez-TjuejVvoïïs~^cireUe"s'Tîômmes, voyez avec quHÎlF^cîâfle," quelle sîmplîcîl^é notre Racine s'exprinie ioujours. Ctiacun croir,'en le lisant, qu'il dirait en prose tout ce que Racine a dit en vers. Croyez que tout ce qui
avec celles de Voltaire, en matière de goût, s On ne sait pas être sobre dans la recherche du beau, on ignore l'art de s'arrêter tout court en deçà des ornements ambitieux. On fait comme ceux qui chargent une étoffe de trop d>broderie. Le goût exquis craint le trop en tout, sans en excepter Tesprit même. » (§ v.)
1. B C'est, dira-t-on, un beau défaut, un défaut rare ;... j'en conviens, mais c'est un vrai défaut et lun des plus difficiles à corriger, o (Fénelon, id.)
2. Arioste mourut en 1533 et Tasse en ib9o. Le Boland furieux est de 1516 et la Jérusalem délivrée de 1573.
^- Notons que Boileau, moins facile en cela que Voltaire, n'aurait pas proposé le Tasse comme un modèle de perfection, lui qui a dit dans la satire IX :
Un sot de qualité Peut jnper de travers avec imijnnité, A Malherbe, à Racan, préférer Théopliile Et le clinquant du Tasse à tout l'or île (V. 274-276.) [Virgile.