La margr.ave de Bayreuth. — V. page 202, note
6. Cette épître, datée d'Erfurth et du 23 septembre, commençait ainsi ;
Ami, le sort en est jeté ;
Las du de«Un oui m'importnne
Las (le ployer <lans l'infortune
Sous le [JoiMs (le l'adversité,
J'aecoiucis le terme arrêté
Que la nature notre mère
A mes jours remplis do misère
A daigné départir par prodigalité....
DE VOLTAIRE. 26o
jure de soupçonner^ au moins que, du haut rang où êtes, vous ne pouvez guère voir quelle est l'opinion des hommes, quel est l'esprit du temps. Gomme roi, on ne vous le dit pas; comme philosophe et comme grand homme, vous ne voyez que l'exemple des grands hommes de l'antiquité. Vous aimez la gloire, vous la mettez aujourd'hui à mourir d'une manière que les autres hommes choisissent rarement, et qu'aucun des souverains de l'Europe n'a jamais imaginée, depuis la chute de l'empire romain. Mais, hélas ! Sire, en aimant tant la gloire, comment pouvez-vous vous ohstiner à un projet qui vous la fera perdre? Je vous ai déjà représenté la douleur de vos amis, le triomphe de vos ennemis, et les insultes d'un certain genre d'hommes qui mettra lâchement son devoir à flétrir une action généreuse.
J'ajoute, car voici le temps de tout dire, que personne ne vous regardera comme le martyr de la liberté^-. Il faut se rendre justice; vous savez dans combien de cours on s'opiniâlre à regarder votre entrée en Saxe comme une infraction du droit des gens^. Que dira-t-on dans ces cours? que vous avez vengé sur vous-même cette invasion; que vous n'avez pu résister au chagrin de ne pas donner la loi. On vous accusera d'un désespoir prématuré, quand on saura que vous avez pris cotte résolution funeste dans Erfurth, quand vous étiez encore maître de la Silésie * et delà Saxe. On commentera votre Epître
1. Soupçonner est plus faible que penser; c'est avoir un commencement d'opinion sur quelque chose, suspicari, 0-rtoAa;ji.Çâvciv. — « Bacon soupçonna.
Newton démontra l'existence' d'un principe jusqu'alors inconnu. » (Voltaire, Dictionn. philos., Art. Fr. Bacon.) — « Je m'imaginais qu'il m'aimait; je ne le soupçonnais pas, je le croyais.» (Marivaux, Préjugé vaincu, se. m.)