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L'opéra, importé d'Italie en

1645, devint français en 1658. L'abbé Perrin, à cette ép'oque, eut l'idée de composer des tragédies lyriques, et un privilège du roi l'autorisa à les représenter. En 1672, LuUi fonda définitivement ce genre et ce spectacle sous le nom d'Académie royale de musique. La Bruyère a traité sévèrement ['opéra dans le chapitre des Uu' vrages de l'esprit : « Je ne sais pas, comment avec une musique si parfaite, et une dépense toute royale, il a pu réussir à m'ennuyer. »

5. Abîmer, perdre, ruiner, précipiter dans l'abîme. — Expression aussi simple qu'énergique, très française dans sa précision. « U a cinquante mille écus de dettes au delà de son bien ; il est abîmé. • (M""> de Sévigné, t, 111, 37.)

Dans l'état dépl-rable Où m'abivie «lu sort la liaine imiiitoyable. (Corneille, Pertharile, iv, 5.)

7. Wighs et tories. Noms des partis politiques en Angleterre. — Guelfes et Gibelins. Noms des factions qui docliirèrent l'Italie pendant le moyen âge.

contre les tories, les guelfes contre les gibelins, les molinistes contre les jansénistes % les coccéiens * contre les voétiens, etc., etc.

Je sais de science certaine qu'on accusa Phèdre d'être janséniste. « Comment, disaient les ennemis de l'auteur, sera-t-il permis de débiter à une nation cbrétienne ces maximes diaboliques :

Vous aimez. Ou ne peut vaiucre sa destinée, Par un charme fatal vous fûtes entraînée ^.

N'est-ce pas là évidemment un juste à qui la grâce a manqué?)) — J'ai entendu tenir ces propos dans mon enfance, non pas une fois, mais trente. On a vu une cabale forcer le gouvernement à suspendre les représentations de Mahomet *, joué par ordre du gouvernement. Ils avaient pris pour prétexte que, dans cette tragédie de Mahomet, il y avait plusieurs traits contre ce faux prophète qui pouvaient rejaillir sur les convulsionnaires ^ ;

1. Molinistes, partisans du jésuite espagnol Molina (1535-1601), auteur d'une doctrine sur la grâce que les calvinistes et les jansénistes attaquèrent avec passion ; cette querelle théologique suscita de nombreux écrits et dura longtemps. Le théologien hollandais Janssen, ou Jansénius, chef des Jansénistes, naquit en 1585 et mourut en 1638.

2. Coccéiens, partisans du théologien allemand Coccéius ou Cock, né à Brème en 1603, mort en 1669, auteur d'un système particulier d'interprétations allégoriques appliquées à l'Ancien Testament. 11 professa surtout à Leyde. Les Voétiens étaient les disciples du théologien hollandais Voet, né en 1593, mort en 1680, professeur à Utrecht.

3. Acte IV, scène vi. — On saitqn'une cabale puissante se forma contre cette tragédie (1677) et soutint Pradon contre Racine ; on sait, en outre, que Racine, élevé à Port-Royal, et demeuré l'ami de ses illustres maîtres, suspects alors de Jansénis.me, fut toujours dénigré et déprécié par les adversaires des jansénistes. Phèdre avait été approuvée du grand Arnauld et des du.teurs de Port-Royal, et le poète a dit lui-même dans sa Préface : « Je

n'ai point fait de pièce où la vertu soit plus mise en jour que dans celleci ; les moindres fautes y sont sévèrement punies; les passions n'y sont présentées que pour montrer tout le désordre dont elles sont cause... et ce serait peut-être un moyen de réconcilier la tragédie avec quantité de personnes célèbres par leur piété et par leur doctrine qui l'ont condamnée dans ces derniers temps. »

4. il/a/io/nef fut représenté le 9 aoiit 1742 et retiré après la troisième représentation par ordre supérieur. Reprise en 1751, cette tragédie fut jouée huit fois.

5. Jansénistes exaltés qui prétendaient que l'un d'eux, le diacre Paris, mort en 1727, opérait des miracles; ils se rendaient en foule à son tombeau dans le cimetière Saint-Médard, y entraient en convttlsionset s'y livraient à mille extravagances. On ferma le cimetière en 1732. — « Puisque me voila la victime des jansénistes, écrivit Voltaire à d'Argental, après l'interdiction de Mahomet, je dédierai ma pièce au Pape. » (Lettre du 22 août 1742.) C'est en 1745 que 3/a//om^Mui présenté à Benoit XIV par l'abbé de Tolignan, ami du poète, et par l'abbé de Canillac, attaché d'ambas-

ainsi ils curent l'insolence d'onipccher, pour quelque temps, les représeiilalions d un ouvrage dédié à un pape, approuvé par un pape.

L'envie veut mordre, l'inlérôt veuL gagner ; c'est là ce qui excita tant d'orage contre le Tasse \ contre le Guarini, en Italie; contre Drydenet conUvPope^ en Angleterre ; contre Corneille, l{acine, Molière, Quinault, en France. Que n'a point essuyé, de nos jours, votre célèbre Goldoni ' ! et si vousremoiitez aux Romains et aux Grecs, voyez les prologues de Térence, dans lesquels il apprend à la postérité que les hommes de son temps étaient faits comme ceux du nôtre : tutto 7 mondo è fatto corne la nostra famiglia. Mais remarquez, monsieur, pour la consolation des grands artistes, que les persécuteurs sont assurés du mépris et de l'horreur du genre humain, et que les bons ouvrages demeurent. Où sont les écrits des ennemis de Térence, et les feuilles des Bavius* qui insultèrent Virgile? Où sont les impertinences des rivaux du Tasse, et des rivaux de Corneille et de Molière?

Qu'on est heureux, monsieur, de ne point voir toutes ces misères, toutes ces indignités, et de cultiver en paix les arts d'Apollon, loin des Marsyas ^ et des Midas ! Qu'il est doux de lire Virgile et Homère en foulant à ses pieds les Baviusetles Zoïle% et de se nourrir d'anibrosie % quand

'envie mange des couleuvres !

sade. La dédicace fut acceptée, et le pape envoya son portrait à Voltaire.

(Desnoiresterres, t. II, p. 457-466.)

1. V. page 49, note 1. — Le Gitarini, poète et philosophe, ami du Tasse, et son imitateur, auteur du Fastor ftdo, tragi-comédie pastorale en cinq actes et en vers : mal accueilli des ducs de Ferrare, de Savoie, de Mantoue, de Florence et d'Urbin, dont il sollicita successivement le patronage, il se retira à Venise, où il mourut dans une auberge.

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