‹ Lettres choisiesChapitre 280 sur 456 · Iliade, 1. 1, v · texte numérisé non relu

Iliade, 1. 1, v

Vos poètes, qui ont servi à former votre langue, ont si bien senti ce vice radical de la terminaison des mots italiens, qu'ils ont retranché les lettres e et o, qui finissaient tous les mots à l'infinitif, au passé, et au nominatif; ils disent amar pour amare, nocqueron pour nocquerono^ la stagion^owvla stagione^ buon pour buono^malet'o/pour malevole. Vous avez voulu éviter la cacophonie; et c'est pour cela que vous finissez très souvent vos vers par la lettre canine r; ce que les Grecs ne firent jamais.

J'avoue que la langue latine dut longtemps paraître dure et barbare aux Grecs, par la fréquence de ses ur, de ses wm, qu'on prononçait owr et omw, et parla multitude de ses noms propres terminés tous en us ou plutôt en ous. Nous avons brisé plus que vous cette uniformité. Si Rome était pleine autrefois de sénateurs et de chevaliers en ws, on n'y voit à présent que des cardinaux et des abbés en i.

Vous vantez, monsieur, et avec raison, l'extrême abondance de votre langue, mais permettez-nous de n'être pas dans la disette. Il n'est, à la vérité, aucun idiome au monde qui peigne toutes les nuances des choses. Toutes les langues sont pauvres à cet égard ; aucune ne peut exprimer, par exemi>le, en un seul mot, l'amour fondé sur l'estime, ou sur la beauté seule, ou sur la convenance des caractères, ou sur le besoin d'aim.er. Il en est ainsi de toutes les passions, de toutes les qualités de notre âme. Ce que l'on sent le mieux est souvent ce qui manque de terme.

Mais, monsieur, ne croyez pas que nous soyons réduits à l'extrême indigence que vous nous reprochez en tout. Vous faites un catalogue en deux colonnes de votre superflu et de notre pauvreté; vous mettez d'un côté orgoglio, alterigia., superbia, et de l'autre, orgueil tout seul. Cependant, monsieur, nous avons or^we?7,s?//>er^e % liau-

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