La fortune de VoUairo qui, avec
le temps, devait s'élever à 200,000 livres de rente, consistait, à cette époque, en trois actions de la compagnie des Indes, en cinq billets de banque de 1,000 francs chacun. Le régent lui avait accordé une pension de 1,200 livres en 1718, et une seconde pension de 2,000 livres en 1722. Ajoutons que son père, rnort tout récemment le !<"■ janvier 1722, lui avait laissé 4,2b0 livres de rente; mais la succession n'était pas encore liquidée et Voltaire soutenait contre son frère, pour défendre ses droits, un procès qu'il craignait de perdre et qui tourna bien.
4. Après Œdipe, joué le 18 novembre 1718, Voltaire commença Artémii'e, qui fut représentée sans succès le 15 février 1720, puis il fit Mariamne, autre tragédie qui tomba pareillement le 6 mars 1724. Cette dernière était fondée sur la mort de Mariamne, fi;inme d'Ilérode le Grand, accusée d'infidélité auprès de son époux et condamnée par celui-ci.
Gervn si ne m'abandonnait pas d'un moment ; il étudiait en moi, avec attention, tous les mouvements de la nature; il ne me donnait rien à prendre sans m'en dire la raison; il me laissait entrevoir le danger, et il me montrait clairement le remède ; ses raisonnements portaient la conviction et la confiance dans mon esprit : méthode bien nécessaire à un médecin auprès de son malade, puisque l'espérance de guérir est déjà la moitié de la guérison. Il fut obligé de me faire prendre huit fois l'émétique, et, au lieu des cordiaux qu'on donne ordinairement dans cette maladie, il me fit boire deux cents pintes de limonade. Cette conduite % qui vous semblera extraordinaire, était la seule qui pouvait me sauver la vie; toute autre route me conduisait à une mort infaillible, et je suis persuadé que la plupart de ceux qui sont morts de cette redoutable maladie vivraient encore s'ils avaient été traités comme moi.
Le préjugé populaire abhorre dans la petite vérole la saignée et les médecines ; on ne veut que des cordiaux, on donne du vin au malade; on lui fait même manger de petites soupes; et l'erreur triomphe de ce que plusieurs personnes guérissent avec ce régime. On ne songe pas que les seules petites véroles que l'on traite ainsi avec succès sont celles qu'aucun accident funeste n'accompagne, et qui ne sont nullement dangereuses. La petite vérole , par elle-même dépouillée de toute circonstance étrangère , n'est qu'une dépuration du sang favorable cà la nature, et qui, en nettoyant le corps de ce qu'il a d'impur, lui prépare une santé vigoureuse. Qu'une telle petite vérole soit traitée ou non avec des cordiaux, qu'on purge ou qu'on ne purge point, on en guérit sûrement. Les plus grandes plaies, quand aucune partie essentielle n'est offensée, se referment aisément, soit qu'on les suce, soit qu'on les fomente^ avec du vin et de l'huile.
1. Condwiïe. Excellent synonyme de I bonne petite prudence humaine.» méthode, direction, moyen. — « Je (M™'^ de Séviginé, t. v, p. 88.) suis les conduites ordinaires de la | 2. Fomente. Sens premier et propre
soit qu'on se serve de l'eau de Rabel*, soit qu'on y applique des emplâtres ordinaires, soit enfin qu'on n'y mette rien du tout : mais lorsque les ressorts de la vie sont attaqués, alors le secours de toutes ces petites recettes devient inutile, et tout l'art des plus habiles chirurgiens suffit à peine : il en est de même de la petite vérole.
Lorsqu'elle est accompagnée d'une fièvre maligne, lorsque le volume du sang, augmenté dans les vaisseaux, est sur le point de les rompre, que le dépôt est prêt à se former dans le cerveau, et que le corps est rempli de bile et de matières étrangères, dont la fermentation excite dans la machine des ravages mortels, alors la seule raison doit apprendre que la saignée est indispensable; elle épurera le sang, elle détendra les vaisseaux, rendra le jeu des ressorts plus souple et plus facile, débarrassera les glandes de la peau, et favorisera l'éruption ; ensuite les médecines, par de grandes évacuations, emporteront la source du mal, et, entraînant avec elles une partie du levain de la petite vérole, laisseront au reste la liberté d'un développement plus complet, et empêcheront la petite vérole d'être confluente^ ; enfin on voit que le sirop de limon ^ dans une tisane rafraîchissante, adoucit l'acrimonie^ du sang, en apaise l'ardeur, coule avec lui parles glandes miliaires^ jusque dans les boutons, s'oppose àla corrosion du levain, et prévient môme l'impression que d'ordinaire les pustules font sur le visage.
Il y a un seul cas où les cordiaux, même les plus puissants, sont indispensabltnient nécessaires; c'est lorsqu'un
de ce verbe; faire des fomentations, appliquer des médicaments chauds et liquides (en latin fomenta) sur nne partie malade. Les autres acception»
de ce verbe sont prises au figuré.
1. * Aqua raOeUiuna, oinsi appelée du nom d'un empirique nommé Rabel, qui mit ce médicament en vogue. » (Note de Beuciiot.)