‹ Lettres choisiesChapitre 291 sur 456 · Ep. 1,1, V · texte numérisé non relu

Ep. 1,1, V

2. On n'a pas la lettre que l'abbé Trublet avait adressée à Voltaire en lui envoyant son discours académique; mais la réponse qu'il ût à ce remerciement s'est conservée : elle est spirituelle et tournée délicatement; la voici : « Mille grâces, monsieur et très illustre confrère, de la réponse dont vous m'avez lionoié. Elle est aussi ingénieuse qu'obligeante, et ce qui vaut mieux encore, elle est très gaie. C'est la preuve de votre bonne sanlé, la seule chose qui vous reste à

prouver. Puissiez-vous la conserver longtemps, et avec elle tous les agréments et tout le feu de votre génie!

C'est le vœu de vos ennemis mêmes; et s'ils n'aiment pas votre personne, ils aiment vos ouvrages; il n'y a point d'exception là-dessus, et malheur à ceux qu'il faudrait excepter ! Pour moi, j'aime tout, les écrits et l'auteur, et je suis avec autant d'attachement que d'estime, monsieur et très illustre confrère, votre très humble et très obéissant serviteur, Trublet. •

LETTRE cxxxix. — A HI. LE PRÉSIDENT HÊNfcULT».

25 juin 1761.

Mon cher et respectable confrère, je crois qu'il s'agit de l'honneur de l'Académie et de la France. Il faut fixer la langue, que vingt mille brochures corrompent ; il faut imprimer, avec des notes utiles, les grands auteurs du siècle de Louis XIV, et qu'on sache à Pétersbourg et en Ukraine * en quoi Corneille est grand, et en quoi il est défectueux. Vous encouragez cette entreprise, qui ne réussira pas si vous ne permettez que je vous consulte souvent. Je pense qu'il sera honorable pour la France de relever le nom de Corneille dans ses descendants. J'étais à Londres ' quand on apprit qu'il y avait une fille de Milton * aveugle, vieille, et pauvre ; en un quart d'heure elle fut riche. La petite-fille d'un homme très supérieur à Milton n'est, à la vérité, ni vieille ni aveugle, elle a même de très beaux yeux, et ce ne sera pas une raison pour que les Français l'abandonnent. Il est vrai qu'elle est à présent au-dessus de la pauvreté ; mais à qui mieux qu'elle appartiendrait le produit des OEuvres de son aïeul ? Les frères Cramer ^ sont assez généreux pour lui céder le profit de cette édition, qui ne sera faite que pour les souscripteurs *.

Nous travaillons donc pour le nom de Corneille, pour l'Académie, pour la France. C'est par là que je veux finir ma carrière. Il en coûtera si peu pour faire réussir cette entreprise! Quarante francs, chaque exemplaire, sont un objet si mince pour les premiers de la nation, qu'on sera

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